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Javier Espinosa raconte son passage par le Guantanamo de Da’ech

Libéré depuis un an, le journaliste espagnol livre un terrible récit de ses 194 jours comme otage des jihadistes.

Javier Espinosa raconte son passage par le Guantanamo de Da’ech
Jamal Amiar
Le 16 mars 2015 à 15h57 | Modifié 11 avril 2021 à 2h36

Détenu pendant 194 jours aux mains de l’Etat islamique entre Raqqa et Alep, Javier Espinosa vient de raconter sa longue et douloureuse détention en deux parties dans les éditions d’El Mundo des dimanche 15 et lundi 16 mars.

Kidnappé en septembre 2013, Javier Espinosa ne sera libéré que le 29 mars 2014. Les articles publiés cette semaine sont les premiers qui racontent son histoire.  A la veille de sa libération en compagnie des deux autres otages espagnols il y a un an, leurs geôliers leur avaient demandé de ne rien raconter ou publier avant que « tout cela ne se termine ». Les trois Espagnols étaient retenus en compagnie de 20 autres otages.

Sa photo retrouvant son fils sur l’aéroport militaire de Madrid il y a un an laisse peut-être entrevoir une joie … proportionnelle à la douleur et aux angoisses vécues.

Espinosa  n’hésite pas à parler d’un Guantanamo avec ses tenues oranges et son contingent de détenus occidentaux comme la CIA de George W. Bush avait son Guantanamo, ses tenues oranges et son contingent de détenus musulmans.

Durant sa détention aux mains de Da’ech,  Espinosa a notamment vécu aux côtés de l’Américain James Foley qui sera décapité par ses geôliers et de Kayla Mueller morte dans lors d’un bombardement selon l’IS.

Durant les près de 200 jours passés dans les cellules de Da’ech, Javier Espinosa faisait partie d’un groupe de 23 prisonniers au total, dont 15 seront au final libérés et six exécutés. Avec lui, côté espagnol, se trouvaient Marc Marginedas d’El Periodo de Catalunya et le photographe Ricardo Garcia Vilanova.

John Cantlie et Alan Henning faisaient partie de ce même groupe ainsi que quatre Français, un Italien, un Turc et un Russe.

Contacté par Médias 24 pour discuter et détailler certains aspects de cette détention, Javier Espinosa n’a pas souhaité en dire plus.

« Ces articles sont précisément faits pour clore le chapitre syrien indique-t-il dans un email (…). Tu sais pourquoi je suis maintenant en Asie, je m’intéresse à d’autres thèmes ».

Bangkok après Rabat et Beyrouth

Reporter talentueux qui a servi à Rabat et à Beyrouth notamment pour le compte de son journal, Javier Espinosa vit désormais en Asie, à Bangkok. De là, il couvre une partie de l’actualité asiatique pour le quotidien madrilène.

Depuis la publication de son premier article hier puis sa suite ce lundi, les réseaux sociaux ont réservé un hommage à ce journaliste talentueux, profondément curieux et humain.  A Rabat, Javier Espinosa avait l’image d’un journaliste de talent, curieux et informé.

La réaction de Javier Espinosa à l’intérêt suscité par ses articles a été de rappeler que « l’arbre ne doit pas cacher la forêt ». Ses tweets de ces deux derniers jours rappellent les enfants syriens qui mendient dans les rues d’Istanbul (et de Tanger) et une génération qui grandit dans les camps et sans éducation.

La guerre civile syrienne entrée dans sa cinquième année cette semaine a fait plus de 215.000 morts en quatre ans et a déplacé, à l’intérieur de la Syrie ou vers l’étranger, près de 10 millions de personnes.

Le pays est aujourd’hui contrôlé par les troupes de Bachar Al Assad et leurs alliés chiites et iraniens, l’opposition armée et les combattants de l’Etat islamique. Dans un reportage paru dans Le Monde du 14 mars, les reporters du quotidien parisien notent que « huit guerres ont actuellement cours en Syrie et aux frontières de l’Irak ».

Son récit dans El Mundo révèle les conflits entre combattants de l’IS et la population locale et la place des combattants saoudiens, marocains, algériens et tunisiens dans le dispositif de Da’ech. Il raconte les menaces et les privations, les simulations d’exécution et comment dès le deuxième jour de sa captivité il a demandé à ses geôliers de lui apprendre à prier. « Avec le temps, prier devint l’un des rares moments de détente dont on bénéficiait » écrit Espinosa. 

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Jamal Amiar
Le 16 mars 2015 à 15h57

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