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ECONOMIE

L’IFC appelle à la libéralisation de la microfinance au Maroc

La crise de la microfinance est bien derrière nous, mais il est temps de réformer le secteur. Ce sont les conclusions d’un rapport rendu par l’International Finance Corporation qui revient sur les secousses qui ont traversé le secteur de la microfinance au Maroc à partir de 2007.

L’IFC appelle à la libéralisation de la microfinance au Maroc
Ariane Salem
Le 10 mars 2015 à 17h59 | Modifié 11 avril 2021 à 2h36

L’analyse porte sur les trois plus gros instituts de microfinance (IMF), Al Amana, Fondation Banque Populaire (Attawfiq) et FONDEP, lesquels représentent 90% du portefeuille de microfinance dans le pays.

Selon l’agence du Groupe Banque Mondiale, le Maroc a été moins sévèrement touché par la crise que d’autres pays du fait d’une bonne réactivité des autorités publiques et des bailleurs des organismes de microcrédit.

Toutefois, le marché n’a pas retrouvé la dynamique pré-crise et reste encore aujourd’hui sous-développé par rapport à son potentiel. 

En 2009, le Maroc rattrapé par les crises de la microfinance

La crise de la microfinance a débuté en 2009 et a été particulièrement sévère pour le Maroc, le pays intégrant la liste des pays les plus sérieusement affectés avec l’Inde, le Nicaragua et la Bosnie-Herzégovine. Les défauts de paiement ont atteint plus de 20% du portefeuille des actifs des IMF au plus fort de la crise.

Toutefois, l’IFC défend l’analyse que cette crise n’a pas été généralisée à l’ensemble des instituts de microcrédit marocains mais qu’au contraire, elle était dominée par l’ONG la plus fragile: Zakoura.

Cette institution, l’un des leaders du secteur à l’époque, était rongée par des problèmes inhérents de gestion opérationnelle – croissance extrême accompagnée d’un contrôle minimum - et se serait quand même effondrée sans le détonateur de la crise.

En excluant Zakoura des performances du secteur, celles-ci apparaissent bien meilleures par rapport aux autres pays du panier. Le Maroc ne mérite donc peut-être pas de figurer au Panthéon des crises de la microfinance, même si les indicateurs dépréciatifs du secteur pendant cette période ne sont pas négligeables. 

Une récession de courte durée

Fin 2008, le cabinet Oliver Wyman identifie les travers du secteur: un nombre trop important de prêts croisés (clients contractant plus d’un prêt) et un virement vers des prêts plus risqués, entraînant une montée des défauts de paiement.

A partir de 2008, les institutions réduisent de 25% les crédits. Les défauts sur les prêts à faibles risques diminuent. La gestion des prêts à haut risques est améliorée.

en 2011, les IMF retrouvaient des taux de rendements identiques à ceux d’aujourd’hui. Les taux de défaut revenaient à 5% en 2011 et se sont stabilisés à ce niveau jusqu’à aujourd’hui. Le nombre de prêts déboursés sont restés à peu près les mêmes à savoir 120000 prêts par trimestre. Le nombre de clients a diminué de 20% depuis le pic de 2009.

 Zakoura a entre temps était absorbée par la fondation Banque Populaire, sous les encouragements en coulisses du gouvernement.
Le Maroc s’en est donc relativement bien sorti par rapport à d’autres pays touchés par la crise internationale de la microfinance.

 

Pourquoi? Les autorités marocaines, les IMF marocaines et étrangères ont réagi promptement en mettant en place une centrale de gestion des risques et un fonds de refinancement JAIDA prêtant aux institutions en dernier ressort. Celles-ci n’ont pas connu l’étranglement de liquidités qu’ont connu les institutions indiennes en Andhra Pradesh.

D’autre part la saturation du marché marocain n’a pas atteint les niveaux d’autres pays sévèrement ébranlés par la crise. Enfin, la microfinance au Maroc a bénéficié du soutien de la Banque Centrale et des autorités marocaines qui n’ont pas laissé se creuser un vide juridique et réglementaire autour du microcrédit.

Un marché aujourd’hui sous-développé

Pourtant, le secteur marocain reste marqué par les effets post-crises. Le secteur présente peu de croissance.

Les IMF feraient montre d’une prudence excessive, le nombre de clients n’a pas évolué depuis 2011.

Depuis cinq ans, les défauts de paiement se maintiennent à 3-4 %, même pour les prêts à très faible risque, alors que précédemment à la crise, ceux-ci étaient systématiquement inférieurs à 1%.

Pour l’IFC, cette situation peut en partie s’expliquer par le fait que toutes les IMF sont des ONG, non par choix mais par mandat du gouvernement.

Le Maroc fait ainsi figure d’exception dans le paysage du microcrédit, puisqu’il est le seul pays où le microcrédit est exclusivement distribué par des ONG. L’IFC n’hésite d’ailleurs pas à qualifier cette exception d’anomalie. Le Maroc compte ainsi 3 des 15 plus grandes ONG de microfinance au monde.
Ces ONG font face à des défis financiers substantiels puisque ceux-ci ne peuvent pas lever de capital sur les marchés et ainsi soutenir la croissance du secteur.

De plus, ces institutions ne sont pas autorisées à collecter l’épargne, les empêchant de tirer tout le potentiel de la relation clientèle et de proposer une gamme complète de produits à destination des populations exclues du circuit financier classique.

Ces caractéristiques institutionnelles du secteur marocain ralentissent l’innovation et le développement de nouveaux produits.

Les ventes du secteur sont nettement en-deça de son potentiel. L’index de portée et de saturation du marché développé par Planet Rating classe la microfinance marocaine à 30% en dessous de sa capacité prévue.

L’IFC appelle donc à une libéralisation du secteur. Faute d’une nouvelle dynamique avec l’apparition de nouveaux acteurs, le secteur restera probablement stagnant avec des possibilités limitées d’expansion du marché.

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Ariane Salem
Le 10 mars 2015 à 17h59

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