Ebola dévaste l’économie africaine
L’impact est catastrophique sur l’agriculture, entraînant des pertes estimées à 1,6 milliard de dollars selon la Banque mondiale.
8.000 morts et près de 21.000 personnes infectés par le terrible virus Ebola qui a défrayé la chronique en Afrique de l’Ouest et alimenté une psychose légitime à l’échelle mondiale.
Ces chiffres terrifiants égrainés et revus à la hausse depuis les six derniers mois - date de la flambée du virus - s’ajoutent aux récents bilans économiques avancés par la Banque mondiale (BM).
L’organisme international se penche en effet sur l’impact de l’épidémie sur le secteur agricole, moteur de la croissance dans les trois principaux foyers d’Ebola : la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone. Les conclusions de la BM sont sans appel ! Selon les dernières estimations, le coût économique d’Ebola se chiffrera à au moins 1,6 milliard de dollars de perte de croissance pour les trois pays les plus touchés.
Ce bilan alarmant se lit au regard de la dépendance de la population à l’agriculture dans cette région du globe. Ainsi des millions d’individus vivent de cette activité vivrière et autant de personnes dépendent de ce secteur pour se nourrir quotidiennement.
A travers le programme spécialisé en productivité agricole en Afrique de l’Ouest, le Waapp, une équipe de la BM a établi des diagnostics précis de l’état du secteur agricole en Guinée, Libéria et Sierra Leone. Elle tire la sonnette d’alarme au terme de cette enquête révélant que la crainte de la contagion a poussé les agriculteurs à déserter les champs.
Les mesures de quarantaine indispensables au plus fort de l’épidémie et la restriction des déplacements ont également porté un coup dur à la production et davantage à la commercialisation des produits. La main-d’œuvre s’est énormément raréfiée, les récoltes ont été abandonnées. Les experts de la BM ont par ailleurs constaté que la faim a incité les agriculteurs à stocker et entamer les semences dédiées aux récoltes des années à venir.
Ce bouleversement du secteur agricole entraîne d’importantes pénuries en Guinée notamment où près de 230.000 personnes souffrent de la faim. Un chiffre amené à évoluer, pouvant passer à 470.000 individus à l’horizon de mi-mars 2015, selon la BM. Les spécialistes estiment également qu’au Libéria « près de 65% des foyers agricoles redoutent que la récolte soit inférieure à celle de l’année précédente ».
La BM signale par ailleurs que l’implication de la communauté internationale pour participer au redressement du secteur agricole se voit plus que jamais indispensable.
Et pour cause, le secteur agricole risque l’effondrement, paralysant le moteur de la croissance, plongeant également des milliers d’individus dans la famine. L’intervention des organismes internationaux devra s’exercer par paliers :
-identifier dans un premier temps ce dont les agriculteurs ont besoin,
-appréhender dans quelles mesures ils sont affectés,
-comprendre où se situent les entraves à une remise sur les rails de leurs activités, et
-organiser des interventions d’urgence afin de relancer l’activité.
Les équipes de la BM tentent ainsi de renouer des partenariats entre nouveaux fournisseurs de semences et agriculteurs, afin d’atteindre les objectifs fixés de livrer 9.000 tonnes de semences certifiées et 1.500 tonnes de semences de base adressées à 200.000 agriculteurs afin de leur permettre de planter du maïs et du riz.
Enfin la BM envisage une planification à long terme afin d’accompagner le rétablissement du secteur agricole. Une stratégie qui a mobilisé notamment un plan de 15 millions de dollars pour le financement de la distribution des semences.