Elections: pourquoi un vendredi?
Grand classique des élections marocaines, le vendredi comme jour du scrutin appelle plusieurs questionnements sur la pertinence de ce choix.
Jour ouvré dans la majorité des fonctions, férié dans d'autres; traditionnellement rattaché à la prière, au recueillement et au repos dans une partie du monde rural. Jour des scrutins, aussi. Imposé par Hassan II en 1962, le vendredi continue, plus de cinquante ans plus tard, d’être le jour privilégié des élections.
"Je n'ai jamais compris pourquoi on tient, coûte que coûte, à organiser des élections le vendredi", estime un député d'un parti de l'opposition, qui juge ce choix "injustifié". Dans les villes, les gens travaillent le vendredi, et il n'est pas évident qu'ils puissent se libérer pour aller voter". Il propose que les élections "se tiennent dimanche, comme dans beaucoup d'autres pays. Les ONG voulant fériériser un jour ouvré pour les élections ne se rendent pas compte du coût économique d'un jour férié, ainsi que des blocages administratifs qu'il peut engendrer".
Le choix du vendredi risquerait donc de priver une large tranche de la population active de la participation aux élections, malgré les facilités qui leur sont accordées sur instructions du gouvernement et du patronat. Ceux n'obéissant pas à ces contraintes professionnelles (travailleurs indépendants notamment) pourront, eux, librement jouir de ce droit. En filigrane, une forme de discrimination ? Elle pourrait, du moins, conduire à une surreprésentation de certaines catégories socioprofessionnelles au détriment d'autres, privées de participation aux élections, donc de choisir qui les représentera.
La symbolique du jour, elle, a conduit à maintes reprises à des manifestations déplacées de solidarité. Aumône du vendredi, couscous collectif, autant de traditions que des élus peu scrupuleux ont instrumentalisé pour mobiliser un électorat. Et surtout, banaliser la corruption électorale.