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ECONOMIE

L’étrange inertie du gouvernement face à la crise du tourisme

Les professionnels s’inquiètent, l’Office du tourisme propose un plan mais le gouvernement est totalement aux abonnés absents.  

L’étrange inertie du gouvernement face à la crise du tourisme
Samir El Ouardighi
Le 26 janvier 2015 à 17h14 | Modifié 11 avril 2021 à 2h36

Va-t-on attendre la fin de la crise pour réagir?

Face à la crise touristique qui ne fait que commencer, les opérateurs attendent toujours le plan d’action des politiques en charge du dossier tourisme.

Au lendemain des attentats de Paris qui salissent l’image de toutes les destinations touristiques arabo-musulmanes, la réactivité des politiques marocains n’est ni une priorité ni au rendez-vous. Interrogé sur le traitement à donner à ce pan essentiel de l’économie souffrant d’amalgame conjoncturel,  un responsable de l’Exécutif botte en touche et ne semble pas faire cas de ce dossier.

Un grand professionnel du tourisme marocain n’hésite pas à affirmer que pour l’instant, rien n’est fait par les autorités pour anticiper et résoudre la crise qui ne peut qu’empirer après les attentats parisiens. «Ce n’est qu’à fin janvier que nous aurons une idée plus précise de l’impact des tragiques évènements français sur les chiffres du tourisme mais nous craignons un vrai désastre».

«Tous les professionnels sont inquiets d’autant plus qu’aucune action concrète n’a été prise par les autorités de tutelle (…) Nous ne pourrons pas lutter contre cette crise inédite sans une volonté politique et les moyens financiers du ministère du Tourisme et de l’office nationale marocain du tourisme (ONMT)».

Il affirme que la seule nouveauté d’ordre public est la création par le ministère du tourisme d’une cellule de veille censée suivre les effets de la crise conjoncturelle qui impacte le secteur du tourisme.

«Cela ne suffira pas pour rassurer les marchés émetteurs étrangers qui n’hésitent plus à assimiler le Maroc à une destination risquée». Pour contrecarrer cette image dénuée de tout fondement, les autorités se contentent de poudre aux yeux et de spots télévisés à l’étranger pour convaincre les touristes hésitants à se rendre au Maroc.

«Pour relancer la machine, on se contente de donner de l’argent aux tours opérateurs étrangers eux-mêmes en crise  alors que nous attendons des réponses appropriées qui ne viennent pas».

L’opérateur affirme que le meilleur moyen de lutter contre les amalgames (Daesch, Ebola, cellules terroristes) est de rassurer à la source les marchés émetteurs en sollicitant le concours de médias internationaux.

Ces derniers doivent être invités à constater de visu la stabilité du pays et à multiplier des reportages publi-rédactionnels sur place. Des émissions télévisées à fort taux d’audience doivent se déplacer au Maroc et tourner dans divers endroits touristiques pour confirmer que le Maroc est un pays sûr.

Les nombreux étrangers (actifs et retraités) installés au Maroc sont une «carte importante à jouer car leur présence sur notre sol en fait les meilleurs ambassadeurs du royaume en Europe».

«Il faut donner la parole aux milliers de résidents étrangers pour témoigner des conditions sécuritaires afin que leurs compatriotes ne tombent pas dans le piège de l’amalgame qui se développe en France et en Europe ».

Un autre opérateur d’une des locomotives touristiques du Maroc nous affirme que rien de concret n’a été fait car les réunions se passent uniquement à Rabat au lieu d’impliquer toutes les parties du secteur. «Le ministre doit absolument se déplacer dans toutes les villes du Royaume et s’asseoir avec tous les professionnels pour trouver des solutions adéquates à la crise qui s’amplifie».

Notre interlocuteur pense que les solutions doivent être initiées par le ministère et par l’ONMT qui disposent de ressources financières pour organiser des «petites années du Maroc (…) multiplier des réunions B to B et des soirées de promotion médiatisées (…) mais pour l’instant, ce n’est pas le cas».

Interrogé, Abderrafie Zouiten, directeur général de l’ONMT , se montre beaucoup plus optimiste sans pour autant nier l’impact négatif de la panique post attentat en France qui risque de faire effet boule de neige.

Il affirme que son office et le ministère du Tourisme sont résolus à remédier à la situation de crise grâce à trois pistes de réflexion qui vont promouvoir le Maroc et rassurer les marchés.

La diversification des marchés émetteurs doit être le point d’orgue de la nouvelle stratégie nationale pour ne plus dépendre du marché français en perpétuelle baisse (-30% en octobre, -40% en novembre et -50% en décembre). Pour cela, une communication intelligente et intelligible sera menée grâce des actions de proximité dans tous les rendez vous touristiques mondiaux.

L’accent sera aussi mis sur le développement du marché national qui constitue un réservoir important de touristes potentiels. Il cite enfin le partenariat conclu entre l’ONMT et la banque centrale populaire (BCP) pour séduire l’important vivier de MRE qui affluent chaque année au Maroc.

Fort de ces actions, il conclut que les touristes feront d’eux-mêmes le distinguo entre la situation conjoncturelle alarmante et l’offre structurelle de la marque Maroc qui est une exception de stabilité et de qualité par rapport à d’autres destinations arabo-musulmanes.

Contacté par Médias 24, le ministre du tourisme Lahcen Haddad annonce qu’un plan d’action établi par ses soins en collaboration avec tous les opérateurs n’attend plus que la validation de la confédération nationale du tourisme (CDT) pour être mis en œuvre.

Sur la nature des mesures contenues dans ce plan, il avance laconiquement qu’il est beaucoup trop tôt pour nous les communiquer car il faut laisser du temps au temps afin de clarifier la situation qui inquiète nombre d’opérateurs du tourisme. Bref, j’ai un plan mais je le garde pour moi.

Ce n’est plus la communication DE crise, c’est la communication EN crise!

Petit rappel: le poids du tourisme dans l'économie marocaine

(Source: portail du ministère du tourisme)

Le Tourisme un levier de croissance 

Le tourisme occupe une place de choix dans la structure économique et financière du pays et représente un levier considérable pour l’accélération de la croissance socio-économique. Véritable moteur de croissance, le tourisme impacte pratiquement tous les domaines de l'activité économique du Maroc et exerce ainsi une grande influence sur les autres secteurs de l’économie.

Deuxième contributeur au PIB national et deuxième créateur d’emplois

Le tourisme contribue largement à la création de richesses et à la diminution du chômage et de la pauvreté avec une demande touristique globale représentant environ 12% du PIB. Le secteur est également un excellent pourvoyeur en emplois avec 500 000 emplois directs qui correspondent à prés de 5% de l’emploi dans l’ensemble de l’économie.

Contributeur important à la balance des  paiements 

Le tourisme détient une place importante en tant que source génératrice de devises du Royaume à côté des transferts des marocains résidents à l’étranger. En effet,  les recettes générées par les non-résidents ayant séjourné au Maroc se sont situées en 2013 (hors transport international) à près de 57,5 milliards de dirhams. Ces recettes en devises représentent près de 31% des exportations des biens et services et le solde de la balance des voyages a couvert 24% du déficit de la balance commerciale en 2013.

Le tourisme international en pleine évolution au Maroc        

L’année 2013 s’est achevée sur une note positive avec 10,046 millions de touristes soit une progression de +7% par rapport à 2012

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Samir El Ouardighi
Le 26 janvier 2015 à 17h14

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