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Redaction

La difficile démocratisation des partis politiques marocains

En moins de deux ans, trois partis historiques, de majorité comme d'opposition, ont du faire face à des frondes internes.

La difficile démocratisation des partis politiques marocains
Reda Zaireg
Le 23 janvier 2015 à 16h31 | Modifié 23 janvier 2015 à 16h31

Si chaque mouvement de contestation possède une logique et des raisons d’être qui lui sont propres, leurs buts affichés sont presque similaires: permettre une participation réelle des jeunes et des cadres, écarter une vieille garde qui a étouffé la vie partisane, démocratiser la pratique politique interne et donner plus de cohérence à l'identité du parti.

 

"Bila Hawada“ (traduisible par "sans répit") pour l'Istiqlal, "Ouverture et Démocratie" pour l'Union socialiste des forces populaires (USFP), et plus récemment le courant né au sein du Mouvement populaire (MP) ont ponctué une actualité partisane où se succédaient phases d'hibernation politique et routine électorale.

Tout a débuté par un déclic. Pour l'Istiqlal, la décision de Hamid Chabat, secrétaire général du parti, de quitter le gouvernement, pour l’USFP l'élection de Driss Lachgar entant que premier secrétaire et pour le MP, le limogeage de Mohamed Ouzzine de son poste de ministre de la Jeunesse et des Sports.

Quelques semaines après les événements, la contestation a à chaque fois, formé un courant, s'est structurée et commencée à attirer vers elle les insatisfaits de chaque parti.

"Et là réside le problème des courants", estime un membre de l'USFP, qui établit une analogie entre les courants au sein des partis politiques et le Mouvement du 20 février: "tous deux n'ont pas su se fixer une identité et des buts précis. Leur moteur, c'est l'insatisfaction, le désir de changement, changement que chaque membre du courant perçoit de manière différente".

Si, du côté du courant Ouverture et démocratie, on balaie d'un revers de main cette critique, force est de constater que les courants n'ont pour l'instant, en dehors de leurs revendications et leur programme pour leurs propres partis, aucun projet susceptible de justifier la création d'un parti.

Y pensent-ils, d'ailleurs? Entre la menace de claquer la porte, omniprésente dans le discours des courants, et la frilosité qu'ont montré Bila Hawada et Ouverture et démocratie, lorsqu'il s'est agi de consommer la scission, de réelles réticences sont palpables, qui ont aussi pour source les difficultés financières et logistiques qui se poseront lorsqu'il s'agira de mettre en place un nouveau cadre partisan.

Le courant né au sein du MP, lui, s'est dès le début dit opposé à l'idée de scission.

Une gestion anti-démocratique des courants par les partis

Quelques mots sur la gestion des courants par les secrétariats des partis: exclusion, délégitimation, réactionnarisme.

Qualifiés d'adversaires de la démocratie par les secrétariats, la question des courants a été abordée comme le serait une traîtrise. Une gestion qui couple démarche répressive (renvoi des membres des courants; gel de leurs adhésions; ouverture d’enquêtes internes les concernant) délégitimation (discours discréditant totalement les membres des courants et leur ligne; propagation de rumeurs).

Or, les courants se sont tous, initialement, structurés comme mouvements de réforme, dont les velléités de pouvoir auraient pu être désamorcées, sinon concurrencées via les urnes.

Au lieu de cela, les partis ont lutté contre les courants, sans, toutefois, contenir la crise: croyant que la démonstration de force suffirait pour décourager d'autres membres d'adhérer aux courants, le nombre de démissions et de départs est là pour leur rappeler le contraire.

Un rêve pour les laissés pour compte du champ partisan

A l'action des courants, se sont tôt identifiés les cadres et les jeunes des partis, principales catégories laissées à la marge de l'action partisane.

B., membre d'un courant dans un parti de droite, explique qu'ayant travaillé pendant longtemps dans l'ombre (et sous la tutelle) des notables de son parti sans nul gain sur le plan politique, il a été tenté par l'expérience du courant.

"Tous les partis sont susceptibles d'abriter un courant qui, dès le premier gros problème interne, risque d'éclater. C'est tout le fonctionnement du milieu politique qui est remis en cause par les courants: les privilèges accordés aux notables aux dépens des cadres; les jeunesses qui moisissent dans leur structure, sans pouvoir jouer de véritable rôle; les mouvements féministes partisans destinés à faire briller la façade", estime-t-il.

Seules quelques rares formations politiques, tel que le PJD et le PAM, ont trouvé une parade qui les met hors danger. Le PJD en invitant les jeunesses du parti à jouer le rôle de l'opposition, et en créant des organisations parallèles fortes, actives, avec des domaines d'intervention bien délimités; le PAM en laissant les portes de l’ascension ouvertes pour ses membres.

Mais encore faut-il que les délaissés de la politique puissent jouer un rôle dans les courants. "Le phénomène des courants est récent et leurs lignes sont malléables, et n’ont pas encore évolué en ligne politique clairement établie. Tout est encore possible. Il faut juste qu'ils ne commettent pas les erreurs des partis sont ils sont issus, qu'ils verrouillent moins les accès. Et encore faut-il que les expériences des courants ne soient pas avortées", conclut B.

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Reda Zaireg
Le 23 janvier 2015 à 16h31

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