Immobilier. Résister à la baisse des prix, une stratégie coûteuse
Alors que la demande, comme l’investissement, ne sont plus ce qu’ils étaient, les groupes immobiliers continuent de maintenir des prix au-dessus de la réalité du marché.
Qu’arrive-t-il donc aux sociétés immobilières cotées à la Bourse de Casablanca ? Les baisses de cours, souvent couronnées par des réservations à la baisse à la place, se sont succédées ces derniers temps.
Depuis son introduction en Bourse, Résidences Dar Saada (RDS) n’a jamais vu son cours dépasser son niveau d’introduction (214,95 DH). Ce mercredi, le titre RDS a clôturé à 189,50 DH.
Alliances Développement, qui tourne autour de 215 DH actuellement, a déjà perdu 22% de sa valeur depuis le début 2015, et 56% depuis le janvier 2014.
Quant à Addoha, en clôturant ce mercredi à 31,50 DH, sa valeur touche à son plus bas historique.
L’époque des progressions à deux chiffres est révolue
Si ces baisses traduisent une perte de confiance dans le marché, elles indiquent aussi que les sociétés immobilières en sont arrivées là, car elles n’ont pas changé d’attitude face à une demande qui n’est plus celles des années fastes, et des progressions à deux chiffres.
“La majorité des indicateurs du secteur sont aujourd’hui au rouge” affirme Driss Effina, économiste et spécialiste de l’immobilier. “ Nous ne sommes plus à l’époque où les crédits à l’acquisition d’immobilier évoluaient annuellement de 20 à 25%, un petit 2% a été enregistré aux dernières statistiques”.
Et d’ajouter : “et forcément, lors d’une baisse de la demande, l’investissement se réduit. L’encours actuel des crédits à la promotion immobilière a baissé de 2%, alors qu’il tournait entre 10% à 14% annuellement”. Selon M. Effina, qui estime que le secteur immobilier va connaître un crash, “c’est l’effet du maintien des prix à des niveaux élevés par rapport à la réalité du marché”.
Des politiques publiques en cause
Notre spécialiste pointe du doigt les politiques publiques. “Aujourd’hui, on continue de fonctionner avec de vieilles directives, et l’action des autorités de l’habitat sont inexistentes”.
D’après lui, malgré l’existence d’un stock non-négligeable dans le marché secondaire, ce sont les prix de sortie qui fixent encore les règles, une anomalie qui avait besoin d’une intervention des pouvoirs publics.
Du côté des majors du secteur, M. Effina met l’accent sur la mauvaise gestion des fonds et de l’épargne publique récoltée. En effet, les plus gros promoteurs immobiliers figeaient les fonds récoltés lors d’émissions obligataires ou d’augmentations de capital dans le renforcement de leur assiette foncière. Les plans de restructuration de la dette, comme celui lancé récemment par Addoha viendrait donc en retard.
“Malgré l’annonce, en grande pompe, du plan “génération cash” dévoilant des objectifs ambitieux, le marché n’a pas accroché” explique à Médias 24, un analyste financier. Certains analystes n’hésitent pas à qualifier l’annonce comme “un profit warning” maquillé, en anticipation des résultats de l’année 2014 de l’entreprise dirigée par Anas Sefrioui.
Du côté d’Alliances, le marché évoque des déséquilibres financiers plus prononcés.
Notre interlocuteur ajoute que la prochaine émission obligataire, qui sera validée lors de l’assemblée générale du conseil d’administration d’Alliances qui se tiendra en février, sera en partie utilisée par rembourser les dettes arrivées à échéance.