L’Afrique, une nouvelle frontière pour le Monde
Le quotidien lance le Monde Afrique, son édition digitale destinée aux francophones du continent avec une couverture renforcée de l’actualité.
Comment séduire de nouveaux lecteurs francophones ? A cette question posée par le Monde, la réponse a été évidente : lancer un média qui s’adresse au principal réservoir de francophones dans le monde et qui se trouve en Afrique. Après quelques jours en version beta, le Monde Afrique est pleinement opérationnel le 20 janvier.
Pour Serge Michel, le rédacteur de chef du Monde Afrique, « l’idée est née dès 2012, mais le chantier a véritablement débuté en septembre dernier pour aboutir à une version définitive lancée aujord’hui. »
Même si l’idée de lancer un média papier a bien existé au Monde, avec des impressions décentralisées, le projet a été abandonné au profit du digital qui « permet de ne plus être tenu à son territoire d’origine » explique Serge Michel.
Le constat du Monde est aussi que la demande pour une info transnationale, de qualité, capable de refléter un continent sur le chemin de l’émergence est bien là. Le quotidien parisien est renforcé dans son projet en constatant que les autre tentatives récentes n’ont pas réussi en raison de leur sous-dimensionnement, et que la presse française ne couvre l’Afrique que partiellement et en privilégiant le chaud, c'est-à-dire les seules crises, guerres et drames que vit le continent.
Pour le Monde Afrique, le groupe de presse a décidé de mettre les moyens en rapport avec son ambition. « Notre dispositif est basé sur un desk à Paris de 9 journalistes (en reportage par roulement), le service international du Monde constitué de 6 journalistes, dont 3 sur le terrain, et d’un réseau d’une vingtaine de correspondants free-lance » détaille Serge Michel. Mais le Monde Afrique entend aussi bénéficier des contenus produits par les autres services du Monde où l’on trouve « d’excellents connaisseurs du continent », selon Serge Michel.
Le site s’appuie aussi sur des partenariats avec des médias du continent dont les articles seront publiés (seulement en partie) sur le Monde Afrique, dont Médias 24 au Maroc.
La question de la rentabilité financière du Monde Afrique, toujours complexe dans le cas de la presse digitale, reste posée. Le site va fonctionner sur un modèle freemium (des articles gratuits et d’autres réservés aux abonnés payants), même si dans un premier temps la proportion d’articles payants sera moins importante que sur Lemonde.fr.
A terme, le management du site réfléchit aux différents moyens à mettre en place pour amener les lecteurs africains à s’abonner. Il faudra pour cela régler la question des paiements en devises pas toujours possibles mêmes pour les porteurs de cartes bancaires, ou trouver d’autres solutions de paiement comme par exemple le mobile banking.
Le mangement du Monde ne veut pas communiquer d’objectifs précis en termes de lecteurs, mais assure que le maximum va être fait pour rendre le site accessible au plus grand nombre, avec un format adapté aux tablettes et smartphones, mode de lecture très développé en Afrique. L’Afrique toute entière compte aujourd’hui 117 millions de francophones, en forte croissance.
Outre Le Monde, d’autres groupes de presse français ont lancé des éditions digitales destinées à l’Afrique. Le Point a été le premier newsmag à se lancer sur ce nouveau créneau avec le Point Afrique, en 2014. L’initiative est pilotée par le journaliste Malick Diawara, qui s’appuie sur un réseau de correspondants répartis sur l’ensemble du continent. L’objectif est de livrer un point de vue africain sur « l’Afrique qui bouge » et faire la part belle au décryptage de l’actualité. Jeune Afrique a aussi lancé son édition digitale il y a plusieurs années, tandis que le Figaro veut lancer en 2015 sur une déclinaison africaine selon une déclaration récente de la direction.