L’usage régulier du smartphone modifie notre cerveau
Une étude démontre que l’usage quotidien des écrans tactiles améliore notre sensibilité cérébrale.
Pour un grand nombre d’entre vous, le smartphone est devenu le prolongement bionique de vos bras, un compagnon divertissant durant vos transports ou un outil de travail indispensable. Difficile en effet d’y renoncer ou même de s’en séparer lorsque l’on goute à cette technologie. En en usant - voire abusant - au quotidien, nous en subissons également « l’influence ».
Selon une récente étude menée par une équipe de chercheurs suisses, publiée sur la revue de référence Current Biology, l’usage fréquent d’un smartphone a non seulement un impact sur l’utilisateur mais plus précisément sur la plasticité du cerveau et sur l’évolution de son « cortex somatosensoriel ». Ce dernier, chargé de recevoir et traiter les données récoltées à la surface du corps, se révèle plus développé chez certains musiciens, violonistes ou guitaristes, se livrant à cette activité depuis leur petite enfance.
Les chercheurs s’interrogent alors : le recours à un écran tactile aurait-il le même impact sur ce cortex de la sensibilité, au même titre que la pratique régulière d’un instrument à cordes ? Ils se livrent alors à une expérience au cours de laquelle ils recrutent 37 individus, droitiers, âgés de 19 à 34 ans. Parmi ces « cobayes », 26 personnes utilisent leur smartphone tous les jours, les onze restantes emploient en revanche un « téléphone classique » équipé d’un clavier numérique et constituent un groupe témoin.
Les experts en neuroscience équipent alors les personnes d’une série d’électrodes afin de réaliser un électro-encéphalogramme (EEG) pendant que celles-ci tapotent une machine du bout des doigts (du pouce, de l’index et de l’annulaire précisément) plusieurs centaines de fois. En interprétant les EEG, les chercheurs réalisent que l’amplitude des signaux captés par les électrodes était bien plus importante chez les utilisateurs de smartphones que chez le groupe témoin. Autrement dit, le cerveau semblait plus sensible et réceptif aux doigts des usagers d’écrans tactiles.
Par ailleurs, l’équipe scientifique a souhaité compléter ce résultat en entérinant le lien de causalité entre l’augmentation de la sensibilité cérébrale et l’utilisation du smartphone. A cet effet, les chercheurs se sont penchés sur le détail de l’utilisation de ces smartphones en étudiant l’historique de la batterie sur les dix jours précédant l’expérience. Cette dernière vérification indique ainsi que plus le smartphone a été sollicité durant cette période, plus les signaux enregistrés par l’EEG s’avèrent importants. Cet élément achève de convaincre les auteurs de l’étude. Plus de doute, le recours fréquent aux écrans tactiles conduit bien à « une réorganisation corticale », précise Passeur de sciences, blog du quotidien Le Monde se faisant écho de cette étude.
Si les smartphones ont bel et bien intégré et changé nos quotidiens, créant dans certains cas des addictions avérées à ces nouvelles technologies, il y a fort à parier que la liste des évolutions induites par ces téléphones de nouvelle génération n’en est encore qu’à ses balbutiements.