Ouzzine, retour sur une mauvaise gestion de crise
La commission parlementaire des secteurs sociaux a convoqué le ministre des sports, suite au scandale du stade Moulay Abdellah. Entre temps, la situation a connu une évolution défavorable à M. Ouzzine.
La réunion de la commission se déroulera mercredi. Si le ministre de la Jeunesse et des sports à confirmé sa présence après dépôt de la demande la semaine précédente, les récentes évolutions qu'a connue la situation peuvent changer la donne.
Parmi les principaux questionnements des membres de la commission des secteurs sociaux, "où et comment ont été dépensés les 220 millions de DH ayant servi à la réhabilitation du stade Moulay Abdellah", nous indique Adil Tchikitou, député istiqlalien.
Contrairement à ce qui a été rapporté par une partie de la presse, "la présence des journalistes durant cette séance n'a pas été évoquée" par les membres de la commission. Néanmoins, l’intérêt de l'opinion publique pour la question pourrait pousser la commission à ouvrir la réunion à la presse.
Suite à la décision royale, Mohamed Ouzzine a annulé diverses activités telles qu’une conférence débat à HEM. Mais nous ne savons pas encore s’il a annulé l’audition devant la commission parlementaire.
Ouzzine, un condensé d'erreurs stratégiques
L'affaire Ouzzine mérite d’être considérée comme un cas d'école en matière de gestion de crise.
Aujourd'hui dépassé par les événements, éloigné de l’enquête et placé au banc des accusés, le ministre des sports a raté plusieurs occasions de reprendre les choses en main.
Ses sorties provocantes, durant lesquelles il demandait aux internautes de ne pas partager les vidéos critiquant l'état de la pelouse, afin de ne pas servir "les intérêts des ennemis de la nation"; et sa tentative de dérésponsabilisation, après qu'il ait déclaré avoir "été trahi" par ses collaborateurs, n'ont fait qu'attiser le feu au lieu de calmer la situation.
Quelques heures avant la publication du communiqué royal, le Mouvement populaire (MP), parti auquel appartient le ministre, avait programmé une rencontre (annulée par la suite) pour, selon un communiqué, "faire toute la lumière sur les attaques que subit le Mouvement Populaire et ses élus depuis quelques mois", augurant ainsi une dangereuse escalade et politisant un problème qui, à l'origine, n'est pas politique.
"S'il s'était excusé pour l'incident du stade, et avait promis de mener une enquêté juste et impartiale, il ne serait pas isolé aujourd'hui", estime une source proche du milieu sportif.
Or, M. Ouzzine a préféré sacrifier ses collaborateurs: la suspension du secrétaire général du ministère des Sports a été une erreur tactique.
"Il a fait sauter une grenade dans son propre camp, créant ainsi un large mouvement de désolidarisation parmi les cadres du ministère", a confié à Médias 24 une source proche du dossier, qui poursuit que "c'était une suspension inutile. Ce n'est pas le SG du ministère qui est l'ordonnateur, mais le ministre".
Sans parler de la suspension du directeur des sports, et le limogeage du directeur du complexe Moulay Abdellah.
Remaniement pour une poignée de gazon ?
Abstraction faite de la nature des relations liant M. Ouzzine à Abdelilah Benkirane, la décision du Roi a évité à Benkirane d'en prendre une, plus coûteuse, qui aurait pu mettre en péril la cohésion de la majorité. Car il y a quelques jours à peine, le MP menaçait de se retirer du gouvernement si mesures étaient prises contre M. Ouzzine.
Aujourd'hui, l’enquête sur la pelouse a été retirée au ministre des sports pour être confiée au chef du gouvernement, et le MP a décidé d'abandonner toute velléité contestataire.
Mohamed Ouzzine restera donc seul dans l'isoloir. Et Abdelilah Benkirane doit pousser un soupir de soulagement.