Les intempéries impactent lourdement l’industrie de la pêche
Les pluies diluviennes qui se sont abattus sur les provinces du sud ont perturbé l’activité de la pêche. L’approvisionnement en poissons frais se fait rare dans les halles et le manque à gagner de cette industrie risque de s’ajouter à celui des exploitations agricoles dévastées par les intempéries.
Au lendemain des pluies torrentielles qui ont sinistré plusieurs villes du sud du Maroc, l’heure est désormais aux bilans pour recenser les pertes financières enregistrées dans la profession.
La région du Souss-Massa-Drâa a été la plus durement éprouvée par les inondations. Elle est riche de 360 km de côte atlantique et occupe la 3e place marocaine en produits de la pêche côtière.
Même si les pêcheurs sont habitués à être paralysés par les aléas climatiques de la marée, les dernières intempéries les ont obligés à rester à quai beaucoup plus longtemps que de raison.
Cela s’est traduit par un manque à gagner important qui n’a pas encore été chiffré mais dont les retombées se font ressentir dans les halles de poisson désespérément vides en stocks de poissons.
Tout le secteur a été impacté par les intempéries car une bonne partie de la flotte des pêcheurs s’est retrouvée au chômage technique depuis le début de l’alerte météorologique dans le sud du pays.
Le plus gros manque à gagner concerne surtout les mareyeurs qui ont acheté en gros du poisson sur les côtes avant les intempéries pour fournir les marchés des grandes villes environnantes ou lointaines.
Ils n’ont pas été en mesure de le transporter correctement et se sont se retrouvés avec plusieurs milliers de tonnes de poissons invendus à cause des routes coupées par les inondations. Il est à craindre que certains d’entre eux essayent de liquider des produits frais devenus impropres à la consommation pour cause de rupture de la chaîne du froid.
Plusieurs centaines de camions chargés de poissons ont été bloqués plusieurs jours sur la route coupée entre les villes de Tan-Tan et d’Agadir.
Contacté par notre rédaction, Abdelhak Farihi, vice-président CGEM de la commission pêche d’Agadir déclare que hormis les grands bateaux de la pêche hauturière, les turbulences climatiques inédites depuis l’année 1967 ont entraîné une quasi-paralysie du secteur de la pêche artisanale et côtière.
Il révèle que certains marins pêcheurs qui ont voulu braver les évènements climatiques l’ont payé cher car un petit bateau de pêcheurs téméraires a sombré dans la région de Sidi Ifni.
De Safi à Agadir, la plupart des embarcations de pêche ont été clouées au port et celles qui ont pu sortir sont revenues avec peu de poisson qui n’a pu être écoulé à cause des routes impraticables.
Faute de disponibilité, l’ensemble du circuit de distribution des produits de la mer risque de connaître pendant quelques jours encore des perturbations sur le marché intérieur et à l’export.
Les intermédiaires que sont les mareyeurs n’ont pas pu distribuer les stocks encore disponibles aux halles de poissons (destinées aux particuliers et professionnels) et aux usines de transformation.
Cela se traduit par une augmentation des prix de vente dans les halles sous-approvisionnées même si le mois de novembre n’est pas une période de haute consommation de poissons pour les marocains.
Les usines de traitement du poisson qui travaillent beaucoup à l’international risquent d’enregistrer une baisse conséquente de leur chiffre d’affaires pour cause de manque de matières premières.
Rappelons que l’industrie de la conserve, la semi-conserve, la congélation, le conditionnement à l’état frais, la fabrication de farine et huile de poisson et du traitement des algues exporte 85% de sa production vers une centaine de pays. Elle génère un chiffre d’affaires de 14,8 milliards de DH soit 50% des exportations agroalimentaires, 12% des exportations globales et 2,5 % du PIB marocain.
A ce jour, Abdelhak Farihi déclare que la plupart des villes côtières du sud ont pu reprendre timidement leurs activités de pêche mais que le port de Sidi Ifni est toujours enclavé car la ville est coupée du monde. Un élan de solidarité a été initié par les bateaux d’autres villes du sud qui ont mis le cap sur Sidi Ifni pour l’approvisionner en produits de 1e nécessité.
Notre interlocuteur conclut que le seul point positif des intempéries sera de multiplier les prises des pêcheurs car la grosse houle a tendance à faire remonter les poissons à la surface et notamment les poulpes qui sont très convoités par les industriels de la pêche.