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“A Tiznit, les mots manquent pour décrire l’ampleur des ravages“

REPORTAGE. La province de Tiznit, dévastée par les violentes crues qui se sont déversées sur la région du Souss-Massa le week-end dernier, sort enfin la tête de l’eau grâce aux efforts ininterrompus des autorités locales et l’implication de la société civile.  

“A Tiznit, les mots manquent pour décrire l’ampleur des ravages“
Houda Outarahout
Le 4 décembre 2014 à 16h59 | Modifié 4 décembre 2014 à 16h59

TIZNIT (Envoyée spéciale). Les visages sont tirés. Les regards traduisent l’épuisement. Les nuits passées ont visiblement été courtes dans la municipalité de Tiznit, chef-lieu de la province du même nom, située au sud d’Agadir.

Partiellement accessible par la route depuis mardi 2 décembre, après plusieurs jours d’isolement, nous découvrons une région meurtrie par la violence des intempéries qui se sont abattues sur le pays le week-end dernier.

Pourtant, malgré l’enclavement, les autorités locales sont sur le front dès la première heure, et s’attèlent à aider et à résoudre les problèmes.

«Aujourd’hui, nous réagissons à un cas de force majeure», soulignent le maire de Tiznit, Abdellatif Ouammou, et son équipe, qui précisent que cette zone se situe dans «le couloir d’un oued». Conscientes des risques, les équipes locales avaient alors misé sur une information efficace auprès de la population et sur la préparation d’un dispositif d’urgence.

«Dès les premières pluies du 20 novembre et l’annonce des intempéries à venir, nous avons mobilisé la commune. Huit groupes d’intervention quadrillent le territoire et jouent les médiateurs. Plus de 800 sacs de sable avaient également été mis à disposition des habitants pour éviter que les eaux ne gagnent les domiciles. Les centres d’accueil de la ville se sont préparés à accueillir les éventuels sinistrés», explique un responsable de la municipalité.

La puissance de ces crues inédites a cependant surpassé toutes les anticipations… La région, qui déplore deux pertes humaines, a subi des dommages colossaux.

 

“Nous n’avons nulle part où aller!“

 

On frappe à la porte. Un couple en larmes demande à parler au maire et raconte que son domicile s’est effondré. «Nous avons été logés chez une connaissance, mais la mère de cette personne habitant à Aglou a également perdu son toit et a désormais besoin de se réfugier ici. Nous n’avons nulle part où aller!».

En dépit d’un manque d’effectifs et de capacités dans les centres d’accueil de la ville, un membre de l’équipe de la mairie décroche son téléphone et s’échine à trouver une solution. «Nos centres explosent!» précise-t-il.

Et pourtant, nous avons appris que l’Entraide Nationale dispose de locaux, «mais ils jouent à cache-cache avec nous», déplore le responsable…

Ce n’est pas mentionné ouvertement, mais le sentiment d’être livrés à eux-mêmes est perceptible. L’Etat détourne-t-il le regard? Pour l’heure, tout porte à le croire.

Les autorités locales avaient d’ores et déjà tiré la sonnette d’alarme, face aux risques d’inondations. «Plusieurs mois auparavant, nous avons mis sur la table la question des travaux de réfection» afin d’améliorer les infrastructures, les digues. «Aujourd’hui, nous attirons l’attention [du gouvernement, ndlr] sur le tissus urbains archaïques fragilisés: les constructions traditionnelles en pisé sont gorgées d’eau, elles s’effriteront dès que le soleil séchera les parois». Les requêtes ne semblent pas encore (?) entendues. Et pour faire face à ces récents évènements, les localités manquent clairement de moyens

 

Les premiers bilans des dégâts sont sans cesse revus à la hausse. Pas d’économie sur les efforts! Pas le choix! Ils doivent tous être sur le pont.

La province, qui s’est chargée du ravitaillement au plus fort de la crise - mais avec les moyens du bord - doit désormais affronter d’autres démons et poursuivre le désenclavement.

«La rupture des stocks de denrées de base mène à la spéculation. A Mirleft, la bouteille de gaz s’est vendue à presque 200 DH, deux jours plus tôt», indique le maire, qui croule sous les sollicitations et la paperasse. Il souligne néanmoins le dévouement et l’implication de la société civile «qui a pris des initiatives efficaces», voire nécessaires dans ce contexte de crise.

 

Retrousser les manches

 

En quittant la ville de Tiznit pour les douars voisins, nous prenons peu à peu la mesure de la catastropheLes mots manquent pour décrire l’ampleur des ravages.

Pourtant, derrière les gravats et les ruines, nous sommes frappés par la détermination des populations locales qui semblent refuser de plier devant ce coup du sort. Les manches retroussées et le courage chevillé au corps, les habitants des hameaux en souffrance «gèrent les problèmes un à un».

«Vous voyez cette maison là-bas, on vient de réussir à la dégager de la boue, nous déclare un représentant du Douar Amara. Celle-ci était prisonnière des coulées de terre depuis samedi dernier. Les tracteurs encore en état ont ainsi permis aux habitants de dégager les rues, facilitant à nouveau la circulation dans le douar.

L’organisation se met en place au jour le jour, «toutes les personnes disposant de places, de chambres, de maisons accueillent les voisins sinistrés», nous signale-t-on. Trait culturel de cette région? Quelles qu’en soient les motivations, cette mobilisation et cette générosité forcent l’admiration et le respect. L’implication est générale! Chacun y va de sa collaboration. Citoyen, élu, habitant, femme ou enfant. Chacun à son échelle...

Sur le pont menant à la plage d’Aglou, un tractopelle redessine à nouveau une route praticable.

Un élu du coin, chaleureux, sympathique, vient alors à notre rencontre. Sa voix est enrouée, éraillée… Il est sur ce pont depuis plusieurs heures à suivre l’évolution des travaux. «Le tractopelle sur ce pont nous a été prêté par un entrepreneur du coin. Il a aussi mobilisé ses salariés pour les travaux», nous apprend-il.

Le responsable local sur le terrain nous avoue que ces intempéries ont réduit des années d’efforts à néant. «Nous avions enfin fini de relier tous les douars par des routes goudronnées, l’eau et l’électricité étaient enfin disponibles partout. Tout est perdu maintenant »…

S’il ne reste plus ou rien ou presque dans certaines zones, l’engagement individuel et collectif local ne semble lui pas prêt - fort heureusement - à déserter les lieux…   

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Houda Outarahout
Le 4 décembre 2014 à 16h59

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