Benkirane lève le tabou des subventions du gaz butane
Lors de la séance mensuelle des questions orales à la Chambre des conseillers de ce mercredi 3 décembre, Abdelilah Benkirane est revenu sur le coût de la compensation du butane. Il veut réduire les subventions dont bénéficient les consommateurs de bonbonnes de gaz en ciblant davantage les bénéficiaires.
Le chef du gouvernement a une méthode progressive pour lever les tabous. Au final, ce qu’il dit, tout le monde le répète depuis une bonne vingtaine d’années: les subventions aux produits dits de première nécessité profitent surtout aux gros consommateurs, c’est–à-dire les nantis. Les produits subventionnés sont parfois gaspillés ou détournés de leur usage. La différence, c’est qu’il va jusqu’au bout et prend des décisions.
Ce mercredi 3 décembre à la Chambre des conseillers, il a surpris tout le monde en déclarant que la suppression des subventions du gaz butane n’était pas écartée. Il a rappelé que la compensation du gaz butane était un poids pour l’économie marocaine et qu’elle grevait injustement le budget général de l’Etat.
Il s’est dit déterminé à y remédier en cherchant une solution appropriée pour les consommateurs.
Il a poursuivi que «cette subvention n’allait pas au peuple» car elle profite à des industriels, des restaurateurs, des agriculteurs et des nantis qui n’ont pas vocation à en profiter.
Il a rappelé qu’en 2013, elle avait coûté près de 14 milliards de DH au budget de l'Etat soit l’équivalent de 1,5 % du PIB du Maroc en soulignant que l’Etat ne pouvait pas indéfiniment débourser 83 DH pour chaque bonbonne de gaz vendue 42 DH dans le commerce.
De source autorisée, nous apprenons que le gouvernement n’a pas de tabou sur cette question et qu’il est déterminé à ouvrir ce chantier après les élections communales de 2015.
Notre source affirme que les gouvernements successifs ne sont jamais parvenus à connaître avec un minimum d'exactitude quelle est la part du butane consommée dans les foyers. Et sur cette part, quelle est la part consommée par les plus démunis? Il n’y a que des estimations, qui laissent planer des doutes sur les vrais bénéficiaires profitant indûment de cette manne.
Il conclut que le système se doit d’être plus juste pour les démunis et pour les caisses de l’Etat et que le gouvernement arrivera à trouver un juste équilibre entre justice sociale et équilibre macro-économique.
L'idée consiste donc à cibler les populations qui méritent réellement une subvention sur le butane et leur verser, sous une forme à définir, l'équivalent de cette subvention. Pour les couches les plus démunies, le ciblage est aisé, grâce à un outil comme le Ramed. Par contre pour les couches dites moyennes, c'est plus complexe.
Des études avaient été effectuées il y a quelques années pour accorder aux couches les plus démunies une réduction équivalente sur leur facture d'électricité.
Plus récemment, le gouvernement formé fin novembre 2011 sous la conduite du PJD et qui comprenait l'Istiqlal, avait envisagé le versement d'allocations aux plus démunis à condition que les enfants dans ces foyers soient scolarisés et vaccinés. Ce projet n'avait pas abouti.
L'attelage gouvernemental actuel estime qu'à côté des questions légitimes liées à l'impact socio économique de ces mesures, et qu'il faut corriger et prévenir par des allocations ciblées, il existe également des barrières mentales chez les décideurs. Sans oublier les lobbies qui profitent directement des subventions qu'ils ne méritent pas et qui combattront un tel projet de réforme.
Benkirane a également évoqué le sucre, dont la subvention équivaut à un nouveau CHU chaquée année. Tout se passe comme s'il envoyait des ballons d'essai ou préparait les esprits. On verra bien.