Ces politiques qui nous ont quittés brutalement
Le décès brutal du dirigeant de l’USFP Ahmed Zaidi a mis en émoi toute la classe politique. L’occasion de rappeler que depuis l’indépendance du Royaume, la vie politique marocaine a été parsemée et endeuillée par de nombreuses disparitions tragiques de personnalités de premier plan.

La mort du député Ahmed Zaidi emporté accidentellement par les flots en crue de l’oued Cherrat dimanche 9 novembre 2014 n’est pas la première tragédie qui endeuille la classe politique marocaine. La dépouille d’Ahmed Zaidi a été inhumée ce lundi après-midi en présence de nombreuses personnalités dont Abderahman Youssoufi, Mohamed El Yazghi, Abdelilah Benkirane, Driss Jettou et Fouad Ali El Himma.

Ali Yata, emblématique fondateur du parti communiste marocain (PCM) devenu Parti du progrès et du socialisme (PPS), avait été fauché par une voiture le mardi 12 août 1997 alors qu’il s’apprêtait à monter dans son véhicule à Casablanca. Le secrétaire général du parti du livre qui devait passer la main à l’occasion des élections législatives décéda à 77 ans des suites d’un traumatisme crânien qui ne lui laissa aucune chance de survie.
Le 23 mai 1982, Aziz Belal économiste en chef du PPS mourut tragiquement à l’âge de 50 ans des suites d’un incendie qui ravagea l’hôtel «Conrad Hilton» dans la ville de Chicago aux Etats-Unis. L’élu communal d’Ain Diab à Casablanca s’y était rendu pour assister à la cérémonie de jumelage entre les villes de Chicago et de Casablanca. Ce militant de la première heure au sein du PCM était un des dirigeants les plus en vue du parti qui avait à son actif le fait d’avoir actualisé le code du travail qui datait du protectorat. Il fut aussi le tout premier économiste marocain à avoir décroché une thèse d’Etat dans une université française.
L’opposant de gauche Omar Benjelloun fut la victime en pleine rue à 39 ans d’un assassinat perpétré par deux membres de l’organisation islamiste Chabiba Islamiya. Les assaillants l’agressèrent mortellement le 18 décembre 1975 dans la ville de Casablanca à l’aide d’objets tranchants et contondants avant d’être interpellés et jugés.

Très engagé, cet ingénieur de formation était un acteur politique qui cumulait les casquettes d’idéologue de l’UNFP puis de l’USFP, de syndicaliste, d’avocat mais aussi de journaliste. Au lendemain de l’affaire Ben Barka, Omar Benjelloun eut cette phrase prémonitoire restée célèbre : « Notre tour viendra et ce ne sera pas par voie judiciaire ».

Le père et leader charismatique du parti de l’Istiqlal a connu une fin qui mérite d’être rappelée. Allal El Fassi fut dépêché par le défunt Roi Hassan II dans une tournée mondiale pour plaider en faveur du Sahara marocain. Le 19 mai 1974 à l’âge de 64 ans, alors qu’il expliquait la position marocaine dans le bureau du président roumain Nicolas Ceausescu à Bucarest, il fut foudroyé en pleine discussion par une crise cardiaque qui l’emporta. Le Zaïm qui a laissé une trace intacte dans l’imaginaire collectif marocain fut rapatrié pour être porté en terre avec la présence de nombreuses personnalités dont il faut citer les défunts présidents Habib Bourguiba et Houari Boumédiene
Le coup d’Etat de Skhirat survenu pendant l’anniversaire du Roi Hassan II a décapité la hiérarchie de l’armée marocaine mais il faut rappeler que d’autres personnalités politiques de premier plan y ont perdu la vie sur place ou après coup.
Le 10 juillet 1971, Ahmed Bahnini, le 2e premier ministre (1963-1965) du règne du roi Hassan II, fut la victime à 62 ans de balles perdues des mutins du colonel Ababou. Au moment de sa mort, l’ancien professeur du jeune prince héritier Moulay Hassan au collège royal était président de la cour suprême marocaine.

L’autre leader éminent de la lutte nationale pour l’indépendance, Mohammed Hassan Ouazzani sera lui gravement blessé à la jambe pendant les évènements de Skhirat. Son état de santé se détériorera rapidement et il décèdera quelques années plus tard (1978) des suites de l’amputation de sa jambe. Rappelons qu’en compagnie d’Allal El Fassi, il avait contribué à fonder en 1934 «Action marocaine» le premier parti politique du Maroc avant de créer le parti démocratique de l’indépendance (PDI).
La plus grande tragédie politique qu’ait connue le Royaume est sans aucun doute la disparition tragique du leader socialiste Mehdi Ben Barka à l’âge de 45 ans. Cette grande figure politique de l’opposition au Roi Hassan II a été enlevée devant la brasserie Lipp à Paris le 29 octobre 1965 puis assassiné. Contrairement au décès expliqué de ses successeurs, la disparition du fondateur de l’USFP restera la plus grande énigme de l’histoire politique contemporaine du Maroc.