Culture : pour Racines, les infrastructures ne suffisent pas
Les Etats généraux de la culture au Maroc, organisés en novembre, seront l’occasion de s’interroger sur la politique culturelle à l’heure où le royaume multiplie les projets d’envergure et se dote d’une stratégie.
Elaborés par l’association Racines en collaboration avec différentes structures nationales et internationales, les Etats généraux de la culture auront lieu le 12 novembre à la Bibliothèque nationale de Rabat.
Ils permettront de formuler une série de recommandations adressées à toutes les parties prenantes en charge de la promotion de l’art et de la culture dans le royaume.
Ces états généraux sont construits sur la base d’éléments rassemblés après un travail d’inventaire et de diagnostic des arts et de la culture.
Concrètement, ce travail s’est déroulé en quatre phases :
-La première a consisté en l’élaboration d’un inventaire qui a permis la réalisation d’une base de données des différentes disciplines artistiques. En tout, ce sont 18 études sectorielles qui ont été menées. En partant du livre, de l’édition et de la lecture publique, en passant par le théâtre, la danse, les créations audiovisuelles et sonores, l’architecture, la mode, etc.
-L’étape du diagnostic et de l’analyse a obéi à une approche transversale, en prenant en compte des thématiques liées directement ou indirectement à la culture. Ainsi, les grilles d’analyse ont pris en compte l’éducation et la formation, la diversité culturelle, la gouvernance, les industries créatives, le financement, le statut de l’artiste, et d’autres volets qui ont permis de cerner la problématique dans son ensemble.
-La troisième étape a permis de rencontrer plusieurs acteurs culturels, professionnels de la culture et publics dans différentes régions du royaume.
-L’étape finale a été consacrée à la rédaction des propositions de politique culturelle en se basant sur les travaux initialement réalisés.
La présentation de ces états généraux intervient à un moment où le Maroc connait le lancement de plusieurs projets culturels et artistiques tels que le Musée d’art contemporain de Rabat ou le Grand théâtre de Casablanca, et se dote de deux visions à l’horizon 2020, l’une sur le patrimoine, l’autre sur la culture.
Le contenant est important, le contenu aussi !
« L’infrastructure est bonne ! Mais il faut savoir si ces projets sont destinés à promouvoir l’image du Maroc à l’international, ou à servir le public marocain » se demande Aadel Essaadani, président de l’association Racines, qui dresse un constat nuancé.
« A titre d’exemple, nous avons aujourd’hui 18 théâtres qui ne marchent pas. Ces projets inaugurés vont-il permettre de donner l’élan nécessaire à l’art et à la culture, sachant que le secteur souffre de l’absence d’une politique culturelle claire et bien définie ? »
En effet, le principal problème réside dans la volonté institutionnelle de rendre autonome les secteurs de l’art et de la culture, en les dotant à la fois d’un cadre juridique appropriés et de moyens nécessaires pour leur autonomie.
« Il est nécessaire d’opérer un travail structurel qui permettra à l’art de contribuer efficacement au développement humain, social et économique » estime le président de l’association Racines.
Et d’ajouter : « il faut que l’Etat garantisse un service public de qualité en matière d’art et de culture. Ce qui entrainera forcément le développement économique du secteur, à travers la création d’une vraie industrie. »
A l’évidence, ce travail de sensibilisation commence à l’école, « il y a de moins en moins d’écoles qui enseignent le théâtre ou la musique aux enfants » constate le militant culturel.
Le projet des états généraux est né en septembre 2012 de la volonté commune de plusieurs acteurs culturels et chercheurs, et a bénéficié du soutien du ministère de la Culture, de l’ambassade de Norvège au Maroc, de la fondation Heinrich Böll, du British Council et d’autres organisations internationales œuvrant, entre autres, dans le domaine de la promotion de la culture.