La finance islamique représentera plus de 10% du marché bancaire marocain dans 5 ans
Exclusif. Selon le Dr. Mohamed Damak de Standard & Poor’s, la finance islamique grignotera des parts de marché au Maroc au cours des prochaines années, atteignant plus de 10%du total d’ici la fin de la décennie. Mohamed Damak est le responsable mondial de la finance islamique à Standard & Poor’s à Paris.
Alors que le gouvernement Benkirane II s’apprête à promulguer des lois sur la banque islamique compatible avec les principes de la charia ainsi que sur le secteur de l’assurance, l’agence américaine S&P publie son 10e rapport annuel sur le secteur.
La publication de ce rapport coïncide avec la tenue d’un sommet international de la finance islamique le 14 octobre prochain à Dubaï.
Sur le Maroc, le rapport rappelle que l’ensemble des encours de la finance islamique est actuellement de 91 millions de dollars. De manière assez surprenante, dans un ensemble de 25 à 30 pays musulmans mais comprenant également le Royaume-Uni ou l’Afrique du Sud, le Sénégal, le Luxembourg et Hong-Kong, le Maroc se classe avant-dernier, juste avant l’Algérie, dernière. Dakar, Johannesburg ou Tunis font bien mieux.
Selon le Dr. Mohamed Damak, "il n’existe pas encore de projet d’émission de sukuk sur la place de Casablanca, mais il ne fait aucun doute qu’un tel évènement financier servirait à lancer un mouvement".
A Rabat, la première chambre a approuvé un texte de loi organisant la finance islamique ; celui-ci se trouve actuellement à la chambre des conseillers.
L’Afrique du Sud vient d’émettre un sukuk (bons d’Etat charia-compatibles) pour 500 millions de dollars, et le Sénégal et la Gambie en émettent en FCFA.
Le marché du sukuk s’élargit notamment en raison de la présence croissante sur les marchés internationaux d’investisseurs soucieux du respect des règles de la charia. Ainsi, s’il n’y a jamais eu d’émission de sukuk en France, la Société Générale en a émis en Malaisie.
Ce dernier pays avec les 6 pays-membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) reste en tête dans le secteur de la finance islamique. Avec Dubaï, Kuala Lumpur est l’autre capitale de la finance islamique internationale.
La finance islamique représente aujourd’hui 1.800 milliards de dollars et a enregistré une croissance de 17% par an entre 2009 et 2013 selon les auteurs du rapport, Zeynep Holmes et Mohamed Damak. Pour cette année, le volume d’émissions est de 97 milliards de dollars et devrait dépasser les 100 milliards de dollars selon S&P.
Cinq principes
La finance islamique est régie par cinq principes:
1. L’interdiction du riba, ou usure ;
2. La prohibition de toute spéculation;
3. Le partage des pertes et des profits;
4. L’existence d’un actif sous-jacent à la transaction ;
5. L’interdiction de financement d’activités qui ne sont pas compatibles avec la religion islamique et la charia: production ou vente de besoins alcoolisée et casinos par exemple.
Le sukuk se présente en fait comme l’instrument financier idéal pour le financement des infrastructures car le sukuk doit toujours s’appuyer sur un actif tangible. Dans son rapport, S&P souligne d’ailleurs l’intérêt du sukuk pour financer les besoins en investissements en Afrique notamment.