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Mustapha Mezyani, un décès et des questions

Mustapha Mezyani a été enterré à Tandit, son village natal, ce vendredi 15 août. La dépouille du militant Qaydi décédé après 72 jours de grève de la faim, a été accueillie par une marche de protestation.

Mustapha Mezyani, un décès et des questions
Reda Zaireg
Le 15 août 2014 à 17h11 | Modifié 11 avril 2021 à 2h36

Incarcéré le 11 juillet, pour "participation à un meurtre avec préméditation", dans le cadre de l'affaire Abderrahim Hasnaoui, Mustapha Mezyani a entamé une grève de la faim pour protester contre son incarcération et son expulsion par l'université de Fès-Dhar El Mehraz, où il étudiait.

Un communiqué officiel cité par la MAP affirme que, suite à la prolongation de sa grève de la faim, l'université a décidé de permettre sa réinscription et que, malgré cela, il a choisi de poursuivre sa grève de la faim. En revanche, le communiqué ne précise pas quand la décision de permettre sa réinscription lui a été communiquée, le concerné étant inconscient depuis le 4 août. 

Les explications du ministère de la santé

Un communiqué du ministère de la Santé diffusé vendredi affirme que Mezyani a été admis aux urgences de l’hôpital Ibn Al Khatib le 19 juillet, car il "présentait des signes de déshydratation". Il "a été transféré, sur décision du médecin du centre pénitencier Ain Kadous, aux urgences de l'hôpital Lissane Eddine Ibn Al Khatib de Fès où il a bénéficié d'analyses et d'examens médicaux". La même source ajoute que son état "s'est amélioré suite aux soins qui lui ont été prodigués".  

En revanche, Mezyani a "poursuivi sa grève de la faim allant jusqu'à refuser de recevoir le sérum, est resté à l'hôpital sous surveillance médicale jusqu'au 31 juillet, date à laquelle il a commencé à présenter des troubles au niveau des systèmes nerveux, auditif et oculaire, suite à quoi il a subi des examens au scanner qui n'ont révélé aucun problème au niveau du cerveau“.

Meziani a été par la suite transféré, le lundi 4 août, au service de neurologie du CHU Hassan II de Fès où il a été admis en réanimation dans un état comateux, suite à des complications générales consécutives à sa grève de la faim de plus de 60 jours". "Aussitôt admis en réanimation, le patient a bénéficié de tous les soins et examens médicaux nécessaires (analyses, scanner, IRM ...) qui ont révélé l'existence d'une inflammation cérébrale due à une carence aiguë en vitamines au niveau du cerveau, et qui a été traitée par des compléments vitaminiques". Son état s'est, par la suite "rapidement détérioré provoquant une insuffisance respiratoire aiguë et un coma prolongé en dépit des efforts déployés par le staff médical".

Fallait-il le nourrir de force?

Tandis qu'en France, l'article 390 du code de la procédure pénale précise que "si un détenu se livre à une grève de la faim prolongée, il peut être procédé à son alimentation forcée, mais seulement sur décision et sous surveillance médicales, et lorsque ses jours risquent d'être mis en danger", la grève de la faim n'est pas mentionnée dans les textes de loi marocains.

Alimenter, de force, un détenu, peut donc être assimilé à un acte de gavage, qui est considéré comme une forme de torture et qui peut, également, mettre en danger la vie du prisonnier. En revanche, la solution généralement appliquée, dans ces cas là, est le sérum. "Le médecin qui se charge du détenu décide, en concertation avec l'administration pénitentiaire et le procureur du roi, s'il faut mettre le gréviste sous sérum", nous a précisé l'avocate Naima El Guellaf.

Puisque Meziani a été admis à l’hôpital dès Juillet, la question est de savoir si les soins qui lui ont été prodigués ont été efficients, et s'il a été mis sous sérum durant toute la période de son hospitalisation. Des questions auxquelles le ministère de la santé et l'administration pénitentiaire, n’ont pas encore répondu. 

"Suicide téléguidé"?

L'expression est d'un militant d'un parti politique de droite, qui estime que la mort de Mezyani doit être imputée à la "volonté des qaydyines d'ajouter un nom de plus à leur martyrologie". Abstraction faite du cynisme de la réflexion, il est vrai que les qaydis ont, depuis une quinzaine de jours, été conscients de l'aggravation de l'état de santé de Mezyani, et le citaient comme "martyr" et "exemple à suivre" depuis son 60e jour de grève.

L'ont-ils poussé à aller jusqu'au bout ou ont-ils tenté de le dissuader? Cette question renvoie à une problématique 'classique' des grèves de la faim, celle de l'implication et de la responsabilité des organisations politiques dont les grévistes font partie.

 La mouvance Qaydi, dont Mezyani fait partie, est un courant d’extrême-gauche connu dans les milieux universitaires pour son radicalisme et sa violence. Le 24 avril, des affrontements entre des qaydis et des membres de la chabiba du PJD se sont soldés par le meurtre de Abderrahim Hasnaoui, un jeune de la chabiba du PJD.

Douze qaydis, dont Mustapha Mezyani, avaient alors été incarcérés et poursuivis pour participation à un meurtre avec préméditation, ce qu'ils contestent, y voyant plutôt un complot visant à dissoudre leur organisation. Leur procès se poursuivra en septembre 2014.

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Reda Zaireg
Le 15 août 2014 à 17h11

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