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La démocratie passe aussi par le droit de déjeûner

Persécutée, la minorité marocaine non pratiquante n’a d’autre choix que de s’enfermer dans la sphère privée pour manger. En cause, une lecture restrictive de la religion et une négation des principes fondamentaux de la démocratie, véhiculée principalement par les partis politiques au référentiel religieux.  

La démocratie passe aussi par le droit de déjeûner
Amine Belghazi
Le 30 juin 2014 à 12h37 | Modifié 30 juin 2014 à 12h37

Une première observation permet d’établir le caractère unificateur du mois de ramadan, car au-delà de la pratique et des rituels qui l’accompagnent, le jeûne est fédérateur. Il cimente les rapports entre les individus d’une société marocaine en mal d’identité.

Pourtant, d’un point de vue religieux, le jeûne du mois de ramadan, qui fait partie des cinq piliers de l’islam, n’occupe que la quatrième place dans la hiérarchie des pratiques à observer. En d’autres termes, on peut penser qu’il est moins grave de déjeuner durant le mois de ramadan que de ne pas pratiquer la prière.

Pourtant, dans certaines régions du royaume, et plus particulièrement dans les provinces du Sud, on se soucie visiblement peu de jeûner ou pas durant le mois de ramadan. Des exemples prouvent, à l’évidence, que la tradition marocaine n’est pas fatalement synonyme de vecteur de la pensée religieuse.

Politiquement, s’attaquer au sujet du jeûne du ramadan relèverait du suicide. En effet, aucun des partis politiques progressistes n’a le courage de porter les revendications de la minorité des déjeuneurs marocains, et risquer de subir la foudre de sa base d’électeurs. Car, force est de le constater : le jeûne du ramadan fait l’objet, socialement et culturellement, d’un large consensus. C’est presque l’unanimité.

Comme la nature a horreur du vide, les partis progressistes démissionnaires cèdent leur place aux groupuscules de militants auxquels on ne peut reprocher ni maladresse, ni amateurisme. Leurs initiatives, par essence bancales, provoquent des réactions virulentes de la société. On se souvient du pique-nique organisé par le Mouvement Mali, ou le refus d’observer le jeûne lancé par le collectif Massayminch, largement diabolisés sous l’appellation «wekaline remdan» (déjeuneurs de ramadan).

Au Maroc, comme dans de nombreux pays arabes, les formations politiques religieuses et conservatrices adhèrent au jeu politique… en apparence. Elles surfent volontiers sur l’incompréhension par le grand public des principes fondamentaux de la démocratie, avec l’appui assumé de porte-paroles propagandistes qui contribuent à faire passer la pilule: «Au sein d’une communauté majoritairement musulmane, les minorités n’ont d’autres choix que de se conformer ou de se cacher.»

Ce genre de discours cristallise la pensée unique, et réduit au mutisme toute revendication contraire. Au Maroc, l’article 222 du code pénal marocain qui interdit aux Marocains de rompre publiquement le jeûne durant le mois de ramadan, en est un exemple éloquent, et le soutien dont il jouit auprès des formations politiques à référentiel religieux ne fait que lui garantir l’immuabilité dont il jouit déjà, diabolisant au passage toute personne aspirant à un modèle de société permettant aux citoyens de vivre en bonne intelligence avec les différentes sensibilités religieuses ou politiques. Albert Camus l’a dit: la démocratie n’est pas l’expression d’une loi de la majorité, mais la protection de la minorité, et elle ne se réduit pas à la liberté de s’exprimer dans les urnes.

Le danger du discours prôné par les partis radicaux dépasse de loin l’atteinte à la liberté de ne pas pratiquer le jeûne, c’est la porte ouverte au discours takfiristes, à l’exclusion des minorités, et à la mise en place d’une théocratie au stade embryonnaire. Le jeûne forcé du mois du ramadan n’est que l’arbre qui cache la forêt.

D’ailleurs, nous avons pu le constater dans de nombreux pays après l’expérience post-printemps arabe et la victoire aux élections de partis au référentiel islamique qui, peu de temps après leurs accession au pouvoir, ont sonné la fin de la récréation en véhiculant, à outrance, des idéologies et des agissements importées d’un autre siècle.

Autoriser les déjeuneurs ne menace en aucun cas la foi, la piété ou le modèle religieux marocain. Au contraire, seule une société sûre d’elle peut le faire. 

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Amine Belghazi
Le 30 juin 2014 à 12h37

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