Casablanca: le tourisme victime d’un conflit entre taxis et transport touristique
A peine adopté, le nouveau cahier des charges sur le transport touristique suscite déjà des remous auprès des chauffeurs de taxi. Ils refusent que les transporteurs touristiques n’aient plus besoin de passer par une agence de voyage.
Les chauffeurs de taxi casablancais sont mécontents et n’hésitent pas à le faire savoir. Six de leurs syndicats ont tenu le 11 juin une manifestation sur l’avenue des FAR et brandissent d’ores et déjà la menace d’une manifestation nationale.
Objet de leur colère : l’article 13 du nouveau cahier des charges signé le 19 mai. Sa teneur : le transporteur touristique n’est plus tenu de passer par une agence de voyage pour réaliser ses prestations avec les touristes.
Exit donc le tant honni voucher, ce bon de commande d’une prestation réglée à l’avance, délivré par une agence de voyages, dont tout transporteur devait obligatoirement disposer pour transporter un groupe de touristes.
Mais ce n’est pas tout : les chauffeurs de taxi ne tolèrent pas non plus le transport de touristes résidents, qui était leur chasse gardée, soit autorisé aux transporteurs touristiques par le nouveau cahier des charges. Car, selon l’article 13 toujours, les véhicules de transport touristique peuvent présenter un simple «manifeste de passagers», une fiche comportant le nom du donneur d’ordre et celui du client.
«Le ministère du Transport institutionnalise ainsi la concurrence déloyale. C’est inadmissible !», maugrée Mustapha Chaaoun, secrétaire général du Syndicat marocain des professionnels du transport (SMPT). Il estime que ses «concurrents» ne doivent transporter que les touristes étrangers et que la prestation doit être justifiée par un voucher, comme au bon vieux temps. C’est cette concurrence que semble récuser Khalid Mouhib, secrétaire général de l'Association régionale du transport : «Nous n’opérons pas avec les mêmes clients. Notre prestation est toujours justifiée par un bon de commande ou un manifeste de passager, ce qui n’est pas le cas pour eux. Nous ne racolons pas leurs clients devant les portes des hôtels».
Une tempête dans un verre d’eau ? «C’est juste qu’ils n’ont pas été suffisamment sensibilisés par le ministère», répond M. Mouhib. Argument que Mustapha Chaanoun balaie d’un revers de main : «ce sont les concierges des hôtels qui font l’intermédiaire pour leur assurer des manifestes de passagers et nous ne pouvons pas tolérer ça», lâche-t-il. Ce refus d’obtempérer donne lieu parfois à des conflits dont la première victime est le touriste, et accessoirement l’image de la destination. Pas plus tard qu’hier, nous raconte un opérateur casablancais, un transporteur a été bloqué par un chauffeur de taxi devant le Sofitel. Résultat des courses : les touristes, excédés, ont fini par quitter le véhicule.
Une scène que Rachid Bouamara, président de l’Association régionale du transport touristique de Casablanca (ARTTC), qualifie d’ordinaire. «Nous sommes habitués à ce genre d’incidents, qui nuisent à l’image de métier et de la destination.» Et d’ajouter : «Ce cahier des charges est le fruit de cinq ans de militantisme. Maintenant qu’il a été signé, il faut qu’il soit respecté par tout le monde.»
Et c’est là justement que le bât blesse : «J’ai rencontré le préfet pour lui parler de ces incidents que subissons chaque jour, mais sa réponse, et je peux le comprendre, est qu’en l’absence de circulaire d’application, les autorités ne peuvent pas intervenir», nous précise le président de l’ARTTC.
En attendant la circulaire du ministère du Transport, les conflits continuent, au grand dam de l’image du pays. Rappelons, à toutes fins utiles, que parmi les principales sources d’insatisfaction des touristes étrangers, selon le baromètre de 2013, figure… le transport urbain.