Cloud au Maroc : 5 à 7 milliards de DH sont nécessaires
Alors que le cloud est adopté comme moteur de croissance économique par les pays développés, les entreprises marocaines hésitent encore. Peu d’offres, peu de demandes, peu d’initiatives concrètes, coût élevé… les obstacles sont nombreux.
Virtualisation (répartir les applications informatiques sur différentes serveurs), orchestration (synchroniser et gérer les applications) et consolidation (regrouper les applications sur un nombre limité de serveurs) sont les éléments qui définissent le cloud computing, nous explique Jacques Benichou, directeur marketing et business operations à Choreus, lors de son récent passage à Casablanca pour la conférence Maroc IT.
Il explique que selon une étude menée par le cabinet IDC, le cloud est passé en France de 15 à 30% d’utilisation, et que d’ici 5 ans il va atteindre les 50 à 60%. «Le cloud n’est qu’à son démarrage, que ce soit en Europe (30 %), aux Etats-Unis (50 %) ou en Asie (20 %). De ce fait, la majorité des investissements qui se font aujourd’hui en informatique se font dans le cloud et la mise en œuvre de la gestion d’environnements virtualisés VM (virtual machines)», nous déclare-t-il.
Pour lui, les entreprises doivent suivre le mouvement. «Les entreprises peuvent continuer à travailler de manière très classique et investir dans l’informatique traditionnelle en réseau. Elles risquent d’être moins compétitives face à des concurrents qui sauront mieux utiliser leurs ressources informatiques. Car leur coûts et leurs services seront beaucoup plus chers», constate Jaques Benichou.
La carence d’offre et de demande pénalise le développement du cloud
Mohammed Belrhitri, responsable système d’information au sein du Groupement pour un système interbancaire marocain de télécompensation (GSIMT), estime qu’un retard dans l’adoption du cloud est largement constaté par rapport à nos partenaires européens ou américains. Certes, il y a des initiatives, mais elles ne sont pas concrétisées sur le terrain.
Il constate qu’au Maroc, il n’y a véritablement que 3 métiers se rapportant au cloud. A savoir :
-l’hébergement de site web et de serveurs de messagerie et de quelques applications métiers (1e degré),
-l’hébergement des espaces dédiés dans les datacenters (2e degré),
-l’hébergement des espaces de stockages de données (3e degré).
«Les clients estiment qu’ils ne disposent pas de stratégie claire pour déployer le cloud au sein de leur entreprise. Mais pas seulement: pour eux, en plus de la faible présence des fournisseurs sur le marché marocain, ces derniers ne présentent pas un catalogue de services diversifiés», nous confie Mohammed Belrhitri. Une autre crainte qui rend le client hésitant réside dans les risques relatifs à la sécurité des données, la performance des réseaux télécoms et la gestion des applications dans le cloud.
«D’autre part, quand on demande aux prestataires de service cloud la raison pour laquelle ils ne proposent pas un catalogue de solutions concrètes, alors qu’ils ont des datacenters, ils rétorquent qu’il n ya pas de demande concrète». Le coût pratiqué est donc élevé, ce qui n’aide pas à le promouvoir au Maroc.
Ainsi, les clients et les fournisseurs du service cloud se trouvent bloqués dans un cercle vicieux.
D’autant plus que «toutes les parties prenantes -clients, fournisseurs, Etat, opérateurs télécoms, etc.- n’ont pas de vision commune sur les avantages du cloud», regrette-t-il.
Le cloud, une source de croissance pour l’économie marocaine
Partant du constat que les clients potentiels au Maroc sont les PME, les grands comptes et l’Etat, il estime que les fournisseurs doivent investir entre 5 à 7 milliards de DH pour subvenir aux besoins en cloud. «Ce qui leur permettra de générer un chiffre d’affaires annuel moyen oscillant entre 10 et 15 milliards de DH, soit 1 à 2% du PIB. En définitive, cela créera 10.000 à 20.000 emplois directs», poursuit-il.
Il conseille donc d’avoir des visions communes entre ces différentes parties prenantes pour créer une demande diversifiée et adéquate qui répond aux besoins des clients par la sensibilisation, qui soit cohérente avec l’offre des prestataires du cloud.
Ainsi, règle du marché oblige, si la demande augmente, l’offre suit. Cette vision commune permettra d’avoir des coûts du cloud compétitifs, ce qui drainera la demande. Pour ce, «il faut sans doute beaucoup d’investissements, car le marché n’en est qu’à ses prémices. Ce qui permettra de rentrer dans un cycle normal d’investissement», raisonne Mohammed Belrhitri.
Cette vision peut être concrétisée, selon lui, par quatre actions. Il faut :
-faire du cloud un projet d’investissement national et une source de croissance pour l’économie marocaine,
-créer une collaboration et partenariat entre différents acteurs pour mutualiser des coûts,
-encourager les investisseurs dans le domaine par des facilitations (impôt, procédure, prêts bancaires…),
-oser et accepter le changement.