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Mohamed Salah Tamek expose à Washington la politique anti-terroriste marocaine

Lutte contre la violence politique, lutte anti-terroriste: l’ancien dirigeant du Polisario, aujourd’hui responsable de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion a présenté le 12 mai à Washington "l’approche du Maroc pour lutter contre la violence extrémiste".  

Mohamed Salah Tamek expose à Washington la politique anti-terroriste marocaine
Jamal Amiar
Le 19 mai 2014 à 11h23 | Modifié 11 avril 2021 à 2h35

Sans sombrer dans un langage ou des analyses convenues, le fameux politiquement correct, Mohamed Salah Tamek a parlé pendant près de 90 minutes devant une audience de spécialistes invités par le Washington Institute. Dans son exposé, Tamek a essentiellement abordé trois thématiques: comment le Maroc lutte contre le terrorisme, l’impact de la guerre civile syrienne et la politique de dé-radicalisation menée au Maroc, notamment dans les prisons.

"Depuis les attentats du 11 septembre, a commencé par indiquer Tamek, plus de 120 organisations terroristes ont été démantelées au Maroc dont 20 directement liés à Al Qaida et un total de plus de 2.600 terroristes", arrêtés pour avoir perpétré ou préparé des assassinats, des attaques et des vols. "Des stocks d’armes dont des missiles ont été saisis" a-t-il précisé, et "de nombreux projets d’attentats contre les services de sécurité, des lieux touristiques, des missions diplomatiques et des lieux de culte chrétiens et juifs", ont été déjoués.

Tamek a indiqué que la première menace importante que le Maroc a eu à affronter a eu lieu en 2002 avec une cellule d’Al Qaida qui prévoyaient de s’attaquer à des navires dans le détroit de Gibraltar, avant la soirée sanglante du 16 mai 2003 à Casablanca.

Mali, Syrie

M.S. Tamek indiquera également que deux filières de recrutement de djihadistes pour le Mali ont été démantelées fin 2012, et qu’en mars dernier, les services de sécurité marocains et espagnols ont démantelé une filière de recrutement de combattants pour le Mali et la Syrie, une référence au réseau maroco-espagnol implanté à Sebta, Mélillia, Nador et Fnideq.

Selon Tamek, "la difficulté de contrer la violence dans la zone du Sahara et du Sahel tient aux importants réseaux multinationaux à l’œuvre dans la région" dont l’émergence "est facilitée par l’existence de frontières poreuses".

"Ces réseaux, indique Tamek, ont des liens étroits avec les populations sur le terrain, permettant aux contrebandiers, aux trafiquants de drogue et aux organisations criminelles transnationales de prospérer". Tamek donne l’exemple d’AQMI, Al-Qaida au Maghreb islamique "qui a survécu et même accru ses activités malgré les pertes importantes subies durant les opérations françaises au Mali". Pour Tamek,  AQMI dispose d’un réseau d’alliances qui s’étend à Ansar al Charia en Libye, BokoHaram au Nigéria et aux Shabab de Somalie".

Tamek explicite par la suite son analyse de ce qui peut contribuer à faire reculer la violence extrémiste. Pour le responsable marocain, "établir des politiques antiterroristes efficaces dans le monde musulman nécessite le renforcement des mouvements démocratiques, la prévention de la création d’antennes locales d’Al Qaida et l’encouragement à la modération et à la tolérance dans le secteur de l’éducation". Pour atteindre ces objectifs, préconise Tamek, l’Ouest doit fournir "assistance technique et aides au développement importantes aux gouvernements vulnérables du Sahara et du Sahel. Le renseignement, le soutien logistique et la formation de forces spéciales doit aller de pair avec l’investissement économique et social".

Dé-radicalisation, éducation, négociation vs répression

Abordant l’expérience marocaine en la matière, Tamek parle du travail de Rabat avec ses partenaires régionaux aux niveaux politique, religieux, économique et sécuritaire. Parmi les efforts marocains, Tamek cite la défense de la stabilité et l’intégrité territoriale des Etats de la région et le soutien à la démocratie, aux droits de l’homme et à la diplomatie. Tamek cite le soutien du Maroc aux programmes éducatifs qui promeuvent "la modération, le relativisme culturel et la pensée critique" et la gestion de l’aide directe pour qu’elle ne finisse pas "en argent pour des leaders corrompus".

Tamek n’omet pas de citer la percée marocaine en matière de diplomatie religieuse avec les accords de formation d’imams maliens, ivoiriens, guinéens, tunisiens et libyens au Maroc, quoique la formation d’imams ne soit pas en soi une garantie contre l’extrémisme politique et/ou religieux. Mais ces échanges permettent au minimum de garder "yeux et oreilles" sur le terrain. Parmi les questions posées à Tamek au terme de sa conférence figure une interrogation sur la manière, en matière religieuse, de ne pas empiéter sur la souveraineté de Etats partenaires et la liberté des citoyens.

M.S. Tamek aborde dans la dernière ligne droite de sa présentation la méthode de la dé-radicalisation comme l’un des remèdes à l’extrémisme religieux et comme alternative à la répression. Il cite les actions en matière d’éducation, de l’attitude à adopter envers les détenus politiques dont les politiques de réinsertion, le rôle de la commanderie des croyants, et liant celle-ci à la dé-radicalisation, donne en exemple le rapprochement opéré entre Mohamed Fizazi et les autorités religieuses officielles marocaines.

Pour Tamek, le Maroc se perçoit comme un modèle de société démocratique qui doit être basé sur un Islam tolérant, ouvert et modéré. Tamek présente également l’action politique marocaine de lutte contre la violence extrémiste et pour la dé-radicalisation comme les éléments d’une politique globale incluant la politique de régionalisation avancée, l’Etat de droit et la lutte contre la marginalisation sociale.

"La guerre civile en Syrie est une menace forte pour notre sécurité"

Tamek aborde naturellement les répercussions de la guerre civile syrienne sur l’équation sécuritaire régionale et internationale. "C’est une menace forte, l’une des plus risquées que nous affrontons en ce moment", indiquera Tamek à un intervenant dans la salle après avoir fourni de nombreux détails sur la coopération entre le Maroc et les pays européens, les risques d’infiltration posés par la situation à la frontière maroco-algérienne et les efforts de renseignement menés au sein des mouvements combattants syriens.

Parlant "d’un millier de Marocains qui seraient partis combattre en Syrie et rejoindre Haraket Sham al Islam", Tamek parle de 199 personnes arrêtées dont 182 alors qu’elles étaient sur le départ du Maroc vers la Syrie, et 17 arrêtées à leur retour. Citant la coopération entre le Maroc, les pays de l’Union européenne et la Tunisie, Tamek a annoncé à ses hôtes américains la tenue à Tanger le 23 mai prochain d’une conférence internationale sur la mouvance jihadiste et les défis qu’elle pose à la sécurité au Maghreb et en Europe notamment.

Aux termes de la conférence de M. S. Tamek, les questions ont notamment trait au chiisme au Maroc, aux djihadistes marocains et maroco-européens en Syrie et à la coopération maroco-européennne en la matière, et aux approches marocaine et algérienne en matière de lutte anti-terroriste.

A l’écoute des propos de Mohamed Salah Tamek on comprend qu’outre l’administration pénitentiaire et la réinsertion, il est en charge d’aspects de la politique anti-terroriste marocaine. Sa connaissance du dossier djihadiste marocain est importantedans son volet de la coopération internationale. Avant sa conférence à Washington le 12 mai, mais pas l’unique donnée aux USA ce mois-ci sur différents aspects de la politique marocaine, M.S. Tamek était à Bruxelles le 8 mai pour une conférence euro-arabe de coordination de l’action anti-terroriste.

 

La vidéo de la conférence et un résumé en anglais ont été mis en ligne sur le site du Washington Institute ce week-end.


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Jamal Amiar
Le 19 mai 2014 à 11h23

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