Les importations de papier A4 dans le viseur de l’antidumping
L’audition publique concernant les mesures antidumping temporaires pour le papier A4 du Portugal aura lieu lundi 19 mai. La question de l’impact de l’ouverture des frontières marocaines aux importations étrangères est une nouvelle fois posée.
Suite à une requête déposée le 1er février 2013 par la société Med Paper, le ministère délégué chargé du Commerce extérieur (MDCCE) a initié une enquête antidumping concernant les importations de papier A4 du Portugal le 18 mars 2013 et soumis concomitamment ces importations à une procédure de surveillance.
Suite à l’avis public N°1-14, l’arrêté conjoint du ministre de l’Industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique et du ministre de l’Economie et des finances n°925-14 du 21 mars 2014 a été publié au Bulletin officiel le 25 avril 2014 permettant ainsi l’application d’un droit antidumping provisoire de 10,6% sur les importations de papier A4 du Portugal, et cela pour 4 mois.
L’audition publique qui doit se tenir lundi 19 mai est organisée afin de permettre aux parties intéressées de plaider leur cause pour aider le ministère à statuer de façon définitive sur cette question.
Portucel Soporcel représente les 3/4 des importations d’A4
La requête déposée par Med Paper, seul producteur de papier A4 au Maroc, vise l’exportateur portugais Portucel Soporcel et 5 importateurs marocains : Dicapa, Mapaf, Buropa, Interfer et Intercap. L’enquête menée par le MDCCE a établi que Portucel Soporcel exportait son papier A4 au Maroc à un prix inférieur que sa valeur normale sur le marché portugais. La marge de dumping a été chiffrée par l’enquête à 10,6%.
Toujours selon l’enquête menée par le MDCCE, les importations de papier A4 en provenance du Portugal auraient ainsi presque doublé entre 2009 et 2012, faisant du Portugal le premier fournisseur du Maroc en papier A4, pour un volume équivalent aux ¾ des importations marocaines de papier A4. Dans le même temps, la production nationale – c’est-à-dire la production de Med Paper – a pratiquement été divisée par 3, de même que ses parts de marché qui sont passées de 36% en 2009 à 11% en 2012.
Cette concurrence, jugée déloyale, aurait contraint Med Paper à baisser ses prix de telle façon que sa marge bénéficiaire est devenue négative, selon l’industriel. Cela l’aurait ainsi contraint à diminuer de près de moitié (46%) le personnel affecté à la production de papier A4.
Les importateurs sont furieux
La décision a été très mal accueillie par les entreprises structurées du secteur qui voient en cette application une décision injustifiée, même si elle n’est pour l’instant que provisoire. Elles espèrent «un retour à la raison». Car elles estiment que cette mesure n’est non seulement pas bénéfique aux consommateurs, mais constituerait même un danger pour le marché et l’économie nationale. De plus, elle ne résout pas pour autant la vraie problématique de la production locale, confrontée à la concurrence de l’industrie internationale intégrée et à forte capacité de production.
Mais les 5 distributeurs concernés se disent optimistes et confiants dans le caractère provisoire de la mesure.
Au-delà des problèmes de dumping, la question de l’ouverture à la concurrence
Bien que différent des précédentes mesures antidumping appliquées dans la sidérurgie car il concerne un produit fini et non une matière première, ce nouveau cas repose la question des conséquences de l’ouverture commerciale du Maroc et du manque de préparation des entreprises marocaines à cette ouverture.
En effet, au-delà du fait de savoir s’il y a ou non dumping, ce que Med Paper subit, c’est la concurrence internationale. Avec l’entrée en vigueur des différents accords de libre-échange, le Maroc est devenu une cible pour les entreprises étrangères qui veulent conquérir de nouveaux marchés – en particulier en raison de l’atonie du marché européen.
Or, les entreprises marocaines sont peu compétitives dans leur ensemble. La vraie question n’est-elle donc pas plutôt de savoir si l’on doit continuer à prendre des mesures de protection au coup par coup, en fonction des plaintes arrivées au MDCCE, ou mettre en place une véritable stratégie qui comprenne à la fois une mise à niveau des entreprises nationales – avec des résultats à moyen-long terme – et des mesures de soutien plus immédiates. Et là se repose la question de l’introduction de la flexibilité du taux de change.