Ouverture du capital de Medi1TV, des questions subsistent
L’entrée de deux opérateurs émiratis dans le capital de Medi1TV n’a pas encore livré tous ses secrets. Malgré des déclarations rassurantes de Abbas Azzouzi, plusieurs questions demeurent en suspens.
Plus que des questions sur l’opération d’ouverture du capital en elle-même, il s’agit de réelles interrogations sur l’avenir de Médi1TV en tant que chaîne régionale maghrébine. Ce n’est pas la chaîne qui est en cause, mais son positionnement et son concept.
A l’heure où nous publions cet article, la Haca (Haute autorité de la communication audiovisuelle) n’avait pas encore donné son accord à ce rapprochement stratégique. Cependant, tout laisse croire qu’il ne s’agit-là que d’une simple formalité, la Haca finira certainement par acquiescer. Médi1 tv n’a pas pu l’annoncer sans avoir des certitudes à ce sujet.
Des sujets tabous
Contacté par Médias 24 pour en savoir plus sur les enjeux de cette opération, Abbas Azzouzi, DG de Médi1TV est resté injoignable.
Pour le moment, impossible d’en savoir plus sur les parts que détiendront les deux investisseurs émiratis (Nekst Investments et Steeds medias) dans le capital, et par ricochet sur le poids qu’ils auront dans les décisions stratégiques de la chaîne.
Le seul chiffre communiqué, 800 MDH au titre de la future augmentation du capital, rassure sur les possibilités financières futures de la chaîne et sur son évolution. Mais il ne donne aucune idée sur la gouvernance future. Pour cela, il faudrait que l’on sache par exemple à combien a été valorisé le projet. De quelle manière a-t-on tenu compte du capital actuel et des pertes. Quel est le business plan qui a été présenté aux nouveaux partenaires.
En numéraire, le montant de l’investissement engagé dépasse le double du montant du capital actuel de Medi1TV (environ 380MDH).
On ne sait pas non plus si ce rapprochement est porteur ou non d’un projet industriel et quels en sont les contours, mais le communiqué publié samedi le laisse entendre. «Une autre question se pose, celle de savoir l’intérêt que recherchent ces investisseurs venus du Golfe», s’interroge un fin connaisseur du monde de l’audiovisuel. Non pas qu’un tel intérêt est impossible, mais juste pour savoir s’il s’agit de business, de culture ou de politique, par exemple. Tout en sachant que les Emirats sont des amis très proches du Maroc.
Medi1TV, Al-Jazeera ou Nessma bis ?
Selon quelques déclarations données ici et là par M. Azzouzi, la ligne éditoriale de la chaîne restera inchangée. «On ne peut pas donner une telle garantie si on ne dévoile pas pourquoi ces investisseurs s’intéressent réellement à Medi1TV, sachant qu’il s’agit d’une chaine qui n’est qu’à ses débuts dans le domaine et qui n’a pas eu le temps de construire une véritable valeur métier», commente la même source.
Des craintes quant à la transformation de la chaîne en une chaîne satellitaire d’informations maghrébine, une sorte de concurrente régionale d’Al Jazeera, s’éloignant petit à petit de sa vocation généraliste, sont exprimées, au sein même de cette chaîne. Mais cette vocation généraliste n’est pas née avec la chaîne ; Médi1 tv a bien été créée au départ comme chaîne d’information en continu. On peut penser pertinent de donner au Maroc et/ou au Maghreb sa voix dans le concert international des informations en continu, arrosant jusqu’à l’Europe de l’ouest.