Lutte contre l’insécurité, les questions en suspens
En quelques mois, il y a eu trois interventions royales salutaires, nécessaires, dans trois dossiers différents. Au Maroc, des confrères les qualifient, à tort, de "colères royales".
A tort parce que d'une part, le Roi est dans son rôle. Et d'autre part, parce que le mot colère déresponsabilise les acteurs, ceux qui sont critiqués par le Roi. Ils sont responsables de leurs actes, ils rendent des comptes. Point.
La première fois, ce fut en août dernier avec la nécessaire réforme de l'enseignement. A vrai dire, nous subissions tous la médiocrité du système comme un mal inévitable et incurable. Le Roi a eu raison de tancer tout ce beau monde.
La seconde fois, ce fut le 11 octobre dernier, sur la gouvernance de Casablanca. Ici, les résultats tardent à venir et nous avons vu surtout un étalage cosmétique. Alors de deux choses l'une: soit les responsables ne sont pas capables de mener ce chantier à son terme. Soit il faut une réforme plus profonde de l'organisation même des villes, voire de la charte communale, en un mot de la démocratie locale.
La troisième fois, ce fut à l'occasion toute récente de la montée du sentiment d'insécurité. Le rappel à l'ordre de la part du Chef de l'Etat a provoqué plusieurs réactions chez les sécuritaires concernés et notamment les premiers d'entre eux, avec des mesures d'urgence qui devraient concerner tout le pays.
Mais des questions de fond demeurent.
Comment mesurer un état de sécurité, un sentiment d'insécurité? Ici, il y a la subjectivité, car on est dans la perception. Or, cette subjectivité est essentielle. C'est comme lorsqu'on parle de sentiment de confiance chez les ménages ou les investisseurs.
La mesure statistique de la criminalité et de la délinquance n'est pas crédible, du moins telle qu'elle se pratique. Elle est en effet basée sur les déclarations de ceux qui sont chargés de veiller sur la sécurité. Ici, il y a un modèle de contrôle, de mesure, à trouver. Sinon, c'est comme si un manager effectuait lui-même sa propre audit.
Les méthodes doivent changer. L'ensemble du système, malgré les efforts réels qui ont été faits, doit être réformé. La sécurité était basée sur la crainte, voire la peur, qui engendraient de l'arbitraire comme on le sait.
Quelle est l'opinion que le citoyen a des forces de l'ordre? Question importante qui ne doit pas être négligée. La loi est elle la même pour tous? Est-elle partout appliquée? Tout le monde est il incorruptible, à chaque feu rouge?
Un diagnostic scientifique, une étude basée sur la criminologie sont indispensables. Pour le moment, on en est aux mesures d'urgence, on attend la stratégie de fond.
Enfin, la communication ne consiste pas seulement à envoyer des communiqués ou des photos aux journaux, à poser devant un butin d'armes blanches saisies. Et ce n'est pas la peine d'accuser la presse d'amplifier: il y aura toujours des journaux qui vont amplifier, c'est le jeu nécessaire de la démocratie. A eux d'apprendre à communiquer et à convaincre, à faire leur marché et à conquérir l'opinion publique.