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Sécurité : neutraliser le “tcharmil“ ne suffit pas

Les récentes interpellations de quelques figures impliquées dans le “tcharmil“ font-elles partie d’une stratégie sécuritaire ou ne sont-elles qu’une réaction ponctuelle à la légitime inquiétude des populations face à l’insécurité?

Sécurité : neutraliser le “tcharmil“ ne suffit pas
I. A.
Le 6 avril 2014 à 12h16 | Modifié 6 avril 2014 à 12h16

Comment évolue la criminalité au Maroc? Quelle est la politique sécuritaire et comment évolue-t-elle ?

 

Des questions dont la réponse doit se trouver à la source, alors direction le ministère de l’Intérieur. «Il faut vous adresser à la Direction Générale de la Sécurité Nationale, la DGSN. Elle est à même de vous expliquer son approche», nous indique-t-on au ministère.

Nous orientons nos interrogations vers la DGSN: ces arrestations répondent-elles à une logique de ratissage, des enquêtes sont-elles menées pour comprendre l’origine de ce phénomène du «tcharmil»? Quel est le mode opératoire de cette présumée bande de malfaiteurs? Quelle est la politique sécuritaire suivie ? Nous attendons toujours des précisions à ce sujet.

Que sont devenus les 7 interpellés du jeudi à Casablanca? Il avait été annoncé qu’ils seront transférés dès aujourd’hui, vendredi 4 avril, devant le procureur du Roi. «C’est chose faite», nous annonce-t-on auprès de la préfecture de police du grand Casablanca. Sont-ils poursuivis? Si oui, quels sont les chefs d’inculpation? Sont-ils en état de détention préventive? Autant de questions qui resteront sans réponse. «Il faut contacter le tribunal. Ce n’est plus de notre ressort». Bref, on n’en saura pas plus.

Tcharmil, les interpellations bien reçues par la population

Si l’on en juge par les commentaires reçus par notre journal, ainsi que par ceux diffusés sur les réseaux sociaux, l’inquiétude est telle que ces interpellations de jeunes suspectés de “tcharmil“ sont très bien accueillies. La plupart des commentaires consultés par nos soins sont rédigés et postés sous le coup d’une émotion évidente, mêlée d’inquiétude et de sentiment de révolte.

On n’est pas mécontents de voir restauré “le prestige de l’Etat, défié par les délinquants et les criminels“. Les jeunes arrêtés ne trouvent pas grâce à leurs yeux. Ni même le fait que l’accusation n’est pas claire. Encore moins leur culpabilité. On est contents de voir l’Etat réagir. Et que soit mis fin à ce phénomène.

Mais il faut aller au-delà de l’émotion:

-le tcharmil n’est-il pas la partie visible de l’iceberg?

-les jeunes arrêtés sont-ils coupables d’agressions? Ont-ils attaqué le fourgon blindé de Tanger? Ont-ils tué feue Madame Berrada?

Il s’agit en fait d’un petit segment qui amplifie certes l’impression d’insécurité en donnant un signal d’impunité. Mais pour rassurer complètement, il faut une meilleure communication (et pas seulement les arrestations devant des butins) et une stratégie. L’enjeu est important. Cela va du défi à l’Etat à la quiétude des citoyens et au développement socio-économique. Nous avons-nous-mêmes reçu de très nombreux témoignages de la part de citoyens paniqués, apeurés, qui ont subi des agressions à Casa. Certains d’entre eux sont des investisseurs étrangers qui ont promis de ne plus jamais revenir.

L’Etat détenteur du monopole de la violence légitime, a-t-il une stratégie sécuritaire adaptée?  Nous ne le savons pas, puisque le ministère de l’Intérieur ne communique pas et répond rarement aux sollicitations de la presse.

Le point de vue de Aziz Chahir, politologue, professeur à l’université internationale de Rabat, est sans détours: «il n’y a pas de vision, ni d’études pour élaborer une stratégie. Ce n’est pas en renforçant le pouvoir central, en augmentant les effectifs des forces de l’ordre ou encore en intégrant les femmes dans les équipes que l’on sera forcément efficaces… C’est une politique de bricolage, une modernisation en apparence ».

Son argumentaire est simple. Une politique sécuritaire nécessite un diagnostic de la criminalité. L’élaboration d’un modèle sécuritaire réclame des universités et des centres de recherche. «Mais ce sujet demeure tabou. Seul le ministère de l’Intérieur produit les statistiques, c’est l’unique source d’information», précise-t-il.

Quel sens peut-on donner à certains moyens utilisés par les forces de l’ordre: rafles, interpellation, contrôle d’identité… « Ces méthodes destinées à resserrer l’étau ne font que radicaliser le mouvement. En partant du ludisme, de l’ostentatoire et de la culture du butin, ces jeunes défient l’Autre, sous une forme excessive et provocatrice», indique notre source.

Et puis de souligner: «la politique sécuritaire trouve ses origines dans la malheureuse tradition nationale, qui s’est manifestée par des incarcérations, des abus de pouvoir…Tazmamarat a marqué les esprits. Le Marocain n’a pas encore fait sa réconciliation avec l’Etat et l’appareil sécuritaire», estime notre source.

En somme, il en va de l’identité culturelle? « En effet, dans l’histoire du Maroc, le «Tcharmil» s’inscrit dans une culture tribale. Pour ne citer que les Issaouas et leurs shows avec les couteaux, la fête du sacrifice, les couteaux d’apparat berbère et arabo-islamique comme signes de prestige social. Et jusqu’à Hassan II, qui durant ses discours manipulait parfois un coupe-papier qui avait l’allure d’un petit poignard…», relate-t-il.

Les avis, on le voit, sont partagés. Un débat sur la politique sécuritaire et sur l’évolution de la délinquance et de la criminalité serait sain et indispensable.


 

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I. A.
Le 6 avril 2014 à 12h16

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