L’UGTM rejoint la “marche de la colère“
L’UGTM a décidé de grossir les rangs du front syndical UMT-CDT-FDT pour la marche de protestation prévue le 6 avril à Casablanca. Sa participation risque de donner des cheveux blancs au gouvernement, car elle va ramener derrière elle tout le poids de l’Istiqlal.
Lors de sa réunion hebdomadaire du 25 mars, la centrale syndicale de l’Istiqlal a décidé de rejoindre la marche de contestation programmée le dimanche 6 avril prochain par l’alliance UMT-CDT-FDT. L’UGTM a exhorté tous ses militants à participer à ce mouvement surnommé “marche de la colère“.
L’alliance syndicale s’est quant à elle dite surprise de ce renfort inopiné mais ne boude pas son plaisir.
Une décision opportune pour l’UGTM
En se joignant à ce mouvement social, l’UGTM change son fusil d’épaule en optant pour une union de circonstance afin de «protester contre la dégradation de la situation sociale et économique de la classe ouvrière et de l’ensemble des salariés pour défendre leurs intérêts économiques et sociaux». Cette initiative tactique de la centrale syndicale istiqlalienne traduit une volonté de jouer la carte de l’opportunité politique pour faire plier la position du gouvernement face ses revendications.
Rappelons qu’en janvier dernier, l’UGTM avait refusé de s’allier au front historique des 3 syndicats qui avaient décidé d’unifier leurs rangs en coordonnant toutes leurs actions syndicales pour l’avenir. Cette manifestation sera ouverte aux militants des 4 plus grands syndicats marocains qui rejettent le blocage actuel du gouvernement pour faire aboutir les doléances syndicales du dialogue social.
«Une interdiction de la marche serait lourde de conséquences»
Contacté par notre rédaction, Kafi Cherat, remplaçant de Hamid Chabat à la tête de l’UGTM, confirme la participation de son syndicat à cette marche en précisant que ses militants feront néanmoins cavalier seul.
Interrogé sur la raison de cette décision de ne pas coordonner le cortège de son syndicat avec celui commun au front UMT-CDT-FDT, M. Cherrat répond que son organisation ne veut pas se mettre en porte-à-faux politique avec ses confrères syndicaux.
Il déclare que suite à l’interdiction de la marche de protestation du 23 février que son syndicat avait programmée, il apparaît naturel de se joindre à un mouvement de contestation qui touche désormais l’ensemble des travailleurs marocains sans réserve d’appartenance syndicale ou politique.
S’il n’écarte pas le fait accompli d’une interdiction gouvernementale de la marche du 6 avril, il affirme qu’elle serait lourde de conséquences pour Benkirane en se dédouanant à l’avance de vouloir pousser le chef du gouvernement à la faute politique. Il assure qu’une interdiction justifiée par d’éventuels troubles à l’ordre public serait l’erreur à ne pas commettre tout en ajoutant cependant que plus rien ne l’étonnerait de la part de Benkirane.
Si tout comme les dirigeants de l’UMT, la CDT et la FDT, il remet en cause l’autoritarisme du chef du gouvernement qui le mènerait inéluctablement à sa perte, il reste optimiste sur l’issue de la confrontation car il avance que ce dernier n’a plus le choix pour accéder aux «désidératas» des centrales syndicales représentatives de toute la classe laborieuse marocaine.
La grève générale à l’ordre du jour
Joints par médias 24, les responsables de la coordination UMT-FDT-CDT nous expliquent que les réunions préparatoires de la marche s’enchaînent et que la manifestation promet d’être un grand succès avec le renfort inattendu de l’UGTM.
Ils affirment leur optimisme sur les résultats de cette marche pour aboutir àun «dialogue sérieux et non de tergiverser à nouveau pour gagner du temps».
Tous nos interlocuteurs s’accordent à dire que ce bras-de-fer est à mettre au compte du «mutisme et au mépris» de Benkirane qui hormis un courrier les informant qu’il comptait ouvrir des négociations avec eux, n’a pas daigné donner de suites au rétablissement du dialogue social.
Si d’aventure la marche du 6 avril devait être interdite par le gouvernement, ils promettent que le 1e mai prochain sera l’occasion de déployer une telle démonstration de force pour la fête des travailleurs dont Benkirane ne pourra assumer l’interdiction aux yeux de l’opinion internationale.
En cas de nouvel échec imputable au gouvernement, cette marche syndicale ne serait que la «première décision» prise par les trois centrales syndicales pour protester contre «l'indifférence et l'irresponsabilité du gouvernement».
Ils soulignent que Benkirane ne pourra pas se plaindre d’avoir été pris au dépourvu car le mémorandum qu’ils lui avaient adressé le 11 février était on ne peut plus clair sur les intentions du front syndical. Ils l’invitent donc à éviter d'avoir à gérer d'autres formes de protestation comme un appel à une grève générale que le front UMT-CDT-FDT a bien l’intention d’entreprendre au cas où ses revendications ne seraient pas prises au sérieux.
Si l’échec en cours de la grève du pain a rassuré le chef du gouvernement, il apparaît que cette marche de la colère risque bien de changer l’équilibre des choses.