Selon Chabat, le peuple se soulèvera si Benkirane reste
Le patron de l’Istiqlal riposte à l’intervention télévisée du Chef du gouvernement marocain dans le cadre d’un droit de réponse accordé par la Haca. L’échange d’amabilité entre les deux zaïms de la scène politique continue.
Rappelez-vous, pendant exactement 13 minutes, Abdelilah Benkirane avait tiré à boulets rouge sur Hamid Chabat au cours d’une émission télévisée diffusée 13 octobre 2013. Ce dernier, qui a obtenu le feu vert de la Haca, a décidé de lui répondre.
C’est dans ce cadre que Jamaâ Goulahsen, animateur vedette de 2M, a reçu le patron de l’Istiqlal le 16 février. Après un bref rappel des circonstances de ce droit de réponse, la parole est donnée à l’homme politique.
« Abdelilah Benkirane travaille comme s’il était un chef de parti et non comme un chef de gouvernement », lance-t-il d’emblée. « Avant même la sortie de l’Istiqlal du gouvernement, Benkirane avait fait volte-face car il n’a pas respecté le programme présenté par son propre parti, le PJD », ajoute-t-il.
Plus loin, le secrétaire général de l’Istiqlal estime que « pendant un an et demi, le chef du gouvernement a pris des décisions sans aucune concertation, ni coordination avec la majorité gouvernementale ».
Sans surprise, Hamid Chabat enchaine avec l’épineuse question de la hausse des prix des carburants, décidée selon lui de manière unilatérale. Il ajoute même que « normalement, les prix du gasoil et de l’essence ne devraient pas dépasser 5 ou 6 DH ».
A cet instant, Jamaâ Goulahsen prend la parole et demande à Chabat de réagir à cette métaphore prononcée quelques mois plus tôt par Benkirane. « Hamid Chabat est comme le feu qui embrase les vêtements. Si nous les conservons sur soi, nous nous brulons, si nous les ôtons, nous nous dénudons ».
Ce à quoi le patron de PI riposte de façon alambiquée mais toute aussi raffinée : « Je pense que Abdelilah Benkirane, en raison de sa gestion de la chose publique, s’est lui-même mis à nu aux yeux des citoyens. Je crois que le peuple a compris ce qui se passait à l’intérieur du gouvernement ».
Rebondissant sur l’affaire de la facture de chocolats d’Abdelâdim El Guerrouj, Chabat déclare qu’« aujourd’hui, les déclarations contradictoires de Benkirane, de Laenser et d’un autre ministre au sujet des 3 millions de centimes de chocolats font que le peuple marocain ne sait plus quoi penser. Et c’est justement ce genre de mensonges que nous avons tenté de combattre quand nous étions au sein du gouvernement ».
Il ajoute que «malheureusement, Benkirane n’a jamais rien fait pour le progrès, l’économie, les diplômés chômeurs et la classe moyenne. Celle-ci ne cesse par ailleurs de subir les attaques féroces d’Abdelilah Benkirane à travers les nombreuses taxes qu’il lui impose. Conclusion : le peuple marocain est victime d’escroquerie et de fraude».
Chabat répond aussi aux moqueries de Benkirane au sujet de la marche qu’il a lui-même initiée et qui s’est également caractérisée par la présence d’une ribambelle d’ânes portant des slogans. Il affirme que la réaction de Benkirane était tout à fait normale puisque cet événement était une grande réussite ayant réuni plus de 200.000 manifestants.
« Benkirane doit tirer les leçons du peuple marocain, car aujourd’hui nous assistons à une congestion sociale grave. Le peuple marocain est bien éduqué, intelligent et ne souhaite pas reproduire les expériences des autres pays. Mais aujourd’hui, Abdelilah Benkirane pousse les Marocains à réagir, et cela est extrêmement dangereux », lance-t-il, avant de conclure avec ces propos qui feront surement débat :
« Un conseil pour Benkirane, soit il travaille en tant que chef du gouvernement et combat la corruption, soit il se tait. Autrement, il n’a qu’à démissionner car c’est bien au peuple qu’il doit sa responsabilité de chef du gouvernement, et aujourd’hui, la rue est prête à scander des slogans comme « dégage », « dégage », « dégage ». Benkirane doit réagir avant que l’irréparable ne se produise ».
Ce droit de réponse tout à fait affligeant laisse un goût de déjà vu pour le moins amer et nous rappelle qu’au final, faute de vraies actions politiques, on s’applique dans l’art de la guéguerre.