Salah El Ouadie à Abdelilah Benkirane: “Il faut dire la vérité au Roi”
Le poète et ancien porte-parole du PAM Salah El Ouadie a pris sa plume pour fustiger le discours de Abdelilah Benkirane chef du gouvernement marocain, lors de l’ouverture du SIEL.
Dans une lettre ouverte, dont Médias 24 a reçu une copie ce matin, l’intellectuel progressiste critique, en des termes virulents, aussi bien le contenant que le contenu.
Le chef du gouvernement, contrairement à son habitude, a n’a pas hésité à troquer la langue de Sibawaih contre celle de Molière, qu’il a l’habitude de malmener, bien que des traducteurs, payés aux frais du ministère de la Culture, soient présents.
«Tout observateur averti sait que les discours officiels des responsables dans les pays qui se respectent – comme aux Etats-Unis, à titre d’exemple – sont préparés à l’avance par des équipes spécialisées qui pèsent le poids de chaque mot et chaque phrase, car ceux qui les lisent sont censés parler au nom d’un Etat, et non en leur nom.»
Le poète ne s’attarde pas longtemps sur la forme, car le fond est encore plus maladroit. Au lieu d’évoquer la crise du livre et de la lecture, cette dernière ne dépassant guère quelques minutes par an pour chaque Marocain, souligne le poète, et d’expliciter la politique de son gouvernement pour lutter contre cette «catastrophe», Abdelillah Benkirane a tout réduit à un problème culturel.
L’instrumentalisation du sacré à des fins politiciennes n’a pas échappé non plus à la critique de l’initiateur du mouvement Damir, qui cite, de mémoire, une phrase lourde de sens : «Sa Majesté m’a ordonné de prendre soin de nos invités africains, et vous n’êtes pas sans savoir que ma réponse aux ordres de Sa Majesté le Roi est : allah ybarak foomor sidi»
Des générations, poursuit-il, ont milité afin que le Roi ne soit pas sacré, mais respecté, et le Roi y a bien consenti. «Elles ont milité afin que les prérogatives constitutionnelles soient exercées entièrement, puisque celles-ci expriment une volonté collective. »
L’aspiration de toutes ces générations de militants était, selon l’ancien porte-parole du PAM, de faire entendre les voix des ces jeunes, grâce à qui le PJD a pu gagner les élections, et de dire la vérité au Roi, au lieu de consacrer l’obéissance et la soumission, développés et entretenus durant des décennies Driss Basri. Il accuse, au passage, Benkirane de perpétuer ce modèle.
«Vous êtes exactement l’incarnation de ce problème culturel que vous évoquez, ainsi que votre projet de société», tonne-t-il. Il cite, pour étayer son propos, le référentiel religieux wahhabite du parti - référentiel qui est étranger -, la monopolisation du sacré, la récupération des mouvements de contestation, le népotisme, l’attitude servile à l’égard du pouvoir. Une attitude de quémandeur, de celui qui est prêt à tout pour préserver son poste, et qui fait penser le poète à un vieil adage de chez nous : «Il vaut mieux une haydoura (peau de mouton) au palais qu’un tapis ailleurs.»
«Cela ne ressemble-t-il pas à ce qu’ont vécu les Marocains durant les années de plomb, époque qu’ils croyaient révolue ? Ces rituels – qui ne sont pas l’apanage de l’Etat – ne sont-ils pas ce qu’il y a de pire dans le comportement et la mentalité du Makhzen?», compare Salah El Ouadie.
La conclusion: il faut encore du militantisme pour débarrasser la monarchie de la mentalité makhzénienne, la religion de la politique, et la politique de la vulgarité.