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Driss Lachgar excommunié, sur fond de révisions idéologiques salafistes

Driss Lachgar ne compte pas faire appel à la Justice contre le cheikh qui l'a excommunié. La galaxie salafiste est en pleine remise en cause, sur fond de filières jihadistes marocaines vers la Syrie et de détenus en grève de la faim.

Driss Lachgar excommunié, sur fond de révisions idéologiques salafistes
N. E.
Le 29 décembre 2013 à 9h34 | Modifié 11 avril 2021 à 2h35

C’est un cheikh peu connu de la galaxie salafiste. Abdelhamid Abou-Naïm, malgré son âge vénérable, ne fait pas partie des chioukh salafistes les plus en vue.

Avec sa longue barbe blanche de rigueur, teinte au henné, et sa moustache taillée, il porte bien le look du cheikh salafiste. Mais n’est pas Fizazi qui veut. Dès les premières phrases, on voit bien que le propos n’est pas fluide, le vocabulaire limité et le charisme absent.

Cet homme (photo) qui revendique quelques troupes sur Facebook s’était distingué par la critique des salafistes de Marrakech qui avaient accepté de s’engager en politique et reconnu la démocratie. Ses nombreuses vidéos de dourouss (conférences) ne suscitent pas un engouement considérable.

Le voilà donc qui diffuse vendredi 27 décembre une vidéo consacrée en principe à Driss Lachgar, lequel a eu le tort de demander l’interdiction de la polygamie et du mariage des mineures et d'appeler à un débat au sujet de l’égalité hommes-femmes dans le domaine de l’héritage.

Dans cette vidéo, Cheikh Abou-Naïm qualifie Driss Lachgar de kafer (mécréant), et ceux qui disent le contraire sont des apostats et des kouffar (mécréants). En d’autres termes, il est excommunié, ce qui équivaut, dans le monde salafiste, à une condamnation à mort.

Le même traitement est réservé à Laroui, Jabri, Ben Barka ainsi qu’à une bonne partie de la gauche, femmes ittihadies en tête. Et enfin à Ahmed Assid.

L’orateur explique que ce sont des ennemis de Dieu, qui s’attaquent au Coran, à l’Islam et donc à Dieu.  La demande de débat sur l’héritage est irrecevable, car il s’agit d’un commandement explicite et définitif de Dieu, selon lui. [L’interprétation des dispositions sur l’héritage diffère d’un pays musulman à l’autre, ce qui montre bien qu’il s’agit d’une interprétation humaine].

Driss Lachgar ne saisit pas la Justice

Contacté par Médias 24, Driss Lachgar, premier secrétaire de l’USFP, rappelle que ces déclarations tombent sous le coup de loi et notamment le code pénal et la loi anti terroriste, car il s’agit d’incitation à la haine et d’appel au meurtre. Il ne compte pas déposer plainte, “c’est au ministre de la Justice et au gouvernement, de réagir“.

Cette vidéo a été accueillie avec prudence par le reste de la galaxie salafiste. Sur leurs pages, les principaux chioukh n’en font pas état. Ils se contentent d’ailleurs, soit de commenter l’actualité internationale, soit d’activités de fatwas et de prédication. Certains d’entre eux, comme Cheikh Boukhobza, ont relayé les appels au départ au jihad en Syrie, avant d’effacer ces posts.

Filières organisées pour la Syrie

Ce sont des filières très organisées qui enrôlent des Marocains de plus en plus jeunes pour le Jihad en Syrie (appelée pays du Cham, à l’ancienne), parfois des familles entières. C’est Médias 24 qui avait révélé la présence d’enfants marocains dans les rangs des jihadistes. L’un d’entre eux est récemment mort au combat.

Le ministère marocain de l’Intérieur a annoncé jeudi dernier 26 décembre, le démantèlement d’une cellule terroriste dont les membres s’étaient entraînés au combat dans des organisations terroristes à l’étranger. L’allusion à la Syrie est claire.

La présence de plusieurs centaines de jihadistes marocains en Syrie (voire quelques milliers, selon les sources), interpelle els autorités marocaines. En effet, le monde jihadiste ne connaît pas les frontières. Qui l’a été en Afghanistan ou en Somalie, en Irak ou en Syrie, pourrait le redevenir au Maroc. L’idéologie est la même et tous ces pays sont des cibles. Ce qui inquiète dans ces cas, c’est l’est toute la chaîne. Et son aboutissement logique : que feraient ces jihadistes à leur retour au Maroc?

Révisions idéologiques

La filière marocaine du jihad en Syrie est très organisée si l’on en juge par ses pages Facebook et les informations diffusées. A sa tête, deux ex-détenus de Guantanamo et parmi ses membres, des jihadites qui avaient été libérés des prisons marocaines, certains ayant bénéficié de la grâce. Ce qui montre la limite des compromis qui peuvent être négociés par les autorités.

La galaxie salafiste marocaine est en pleine remise en cause interne. D’un côté, les révisions idéologiques opérées en prison ou à la sortie de prison, par les quatre grands chioukhs, Fizazi, Abou Hafs, Haddouchi et Kettani. Le premier, Mohamed Fizazi, a opté par exemple pour l’action politique et dit avoir rejeté tout recours à la violence.

Mais le recours à la violence est-il la seule ligne rouge ? Non, évidemment. On peut penser à toute la chaîne qui se situe en amont de la violence, qui la légitime, qui y prépare, celle de l’incitation à la haine et de l’apologie de la terreur. Au nom de Dieu, bien sûr.

Les révisions idéologiques ont donné des résultats dans plusieurs pays confrontés au terrorisme. Au Maroc, elles ont permis de libérer quelque 200 détenus, dont les plus célèbres chioukh. Mais quelques dizaines de salafistes jihadistes sont encore détenus et une vingtaine d’entre eux sont en grève de la faim.

Il se trouve toujours des défenseurs de droits humains pour prendre la défense de ces détenus. La question aujourd’hui est posée en ces termes. Une partie du PJD est clairement embarrassée par ce dossier. L’angle humanitaire de ce dossier sert clairement la propagande jihadiste. Mais la résurgence régulière du takfir et des appels au meurtre illustre la dangerosité de cette idéologie. Où situer les lignes rouges?  Le takfir est-il en deça ou au-delà?


 

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N. E.
Le 29 décembre 2013 à 9h34

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