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Etude sur les stéréotypes: «La femme leader, c’est Monsieur Fatiha»

Des personnalités du monde associatif et des instances internationales ont participé à la présentation des résultats de l’étude sur les stéréotypes de genre répandus au Maroc. La culture populaire et la lecture religieuse sont les principaux responsables de la diffusion des stéréotypes.  

Etude sur les stéréotypes: «La femme leader, c’est Monsieur Fatiha»
Amine Belghazi
Le 28 novembre 2013 à 12h39 | Modifié 28 novembre 2013 à 12h39

Préjugés, idées reçues et clichés. Tel est le quotidien des Marocains. ProjettoMondo MLAL et Amnesty International Maroc ont mené une étude pour identifier et classer les stéréotypes de genre répandus au Maroc, identifier les mécanismes par lesquels ces stéréotypes contribuent à nourrir la discrimination, et perpétuent la violence à l’égard des femmes; analyser les différentes représentations masculines et féminines et enfin les perceptions et les attitudes des femmes et des jeunes vis-à-vis des stéréotypes liés au genre.

Au terme de plusieurs tables rondes et rencontres organisées à Beni Mellal, Casablanca et dans la région de Rabat-Salé, incluant les témoignages de 88 femmes, la synthèse des travaux a été regroupée dans une étude présentée lundi 25 novembre était, à l’occasion de la journée internationale de la lutte contre la violence faite aux femmes, lors d’un débat organisé à la Bibliothèque nationale.

Huit stéréotypes

Classés en huit catégories, ces stéréotypes sont pour certains transversaux, essentiellement en rapport avec les particularités attribuées à la femme (sentiments, physique faible, multitâches, rusée, peureuse ou dévouée… etc).

A ce propos, l’analyse de l’étude explique que «même si les hommes, comme les femmes, peuvent éprouver de la joie, de la peine et de la colère, ces dernières expriment leurs émotions de façon expressive et expansive. Les hommes sont plutôt reconnus pour ne pas exprimer leurs émotions et font donc preuve de retenue.»

Cette maîtrise de soi supposée permet donc d’asseoir la hiérarchie entre l’homme et la femme, « Ainsi, les hommes sont représentés comme centrés, sur eux, indépendants, assertifs, ayant le contrôle et la maîtrise sur eux-mêmes, focalisés sur un objectif, et sont donc plus aptes à occuper des postes de responsabilité et à prendre des décisions importantes», relève l’étude.

Autrement, les stéréotypes sont spécifiques.

Le rapport distingue les stéréotypes liés à la sphère domestique, la question des tâches domestiques et ménagères demeure un vecteur dominant de production et de reproduction des stéréotypes liés au genre et des valeurs sociales qui y sont rattachées. Constat appuyé par le témoignage d’une femme au foyer à Foum Al Anser dans la province de Beni Mellal: «Pour moi, la caractéristique principale d’une femme est la bonne gestion des affaires de la maison.»

De plus, la femme est considérée comme le principal responsable de la réussite de la vie familiale. «L’élément fondamental qui structure les stéréotypes et les représentations féminines à ce sujet est l’image socialement valorisée de la femme mère qui se met complètement au service de son foyer», rapporte l’étude. Néanmoins, «il s’agit ici d’un exemple assez typique des stéréotypes familiaux qui, bien qu’ils glorifient les rôles et les responsabilités assignées à la femme, portent préjudice au statut de genre dans la société marocaine. En effet, derrière ces attributs présentés, comme spécifiquement féminins, se profile une surcharge des rôles et des responsabilités assignés à la femme. »

D’autres idées préconçues concernent la présence de la femme dans l’espace public qui demeure largement masculin du fait des stéréotypes sexistes qui limitent considérablement la mobilité des femmes et leur périmètre d’action.

Il en découle une forte persistance des inégalités de genre en ce qui concerne l’accès des femmes à l’espace public. Bien que ces espaces soient, a priori, accessibles à tous, ils demeurent largement dominés par les hommes à cause des stéréotypes qui poussent plusieurs catégories de femmes et de jeunes filles à les éviter. Ce sont également ces stéréotypes qui limitent la liberté de circulation des femmes et réduisent leur accès à l’espace extra-domestique.

L’école et les enseignants perpétuent les stéréotypes

Dans l’école, la situation n’est pas meilleure, «l’institution scolaire participe au maintien de ces stéréotypes par plusieurs mécanismes: manuels scolaires, comportements des enseignants, attitudes des parents à l’égard de la scolarisation de leurs enfants ... Les recherches montrent également que les enseignants contribuent, eux-mêmes, au renforcement des stéréotypes», rapporte l’étude.

L’image véhiculée par les manuels scolaires en arabe met en valeur des attributs spécifiques liés à l’homme (intelligence, courage, autorité, curiosité, intellect) et d’autres à la femme (douceur, sensibilité, gentillesse, affection et labeur).

De plus, chacun des deux sexes se voit attribuer des tâches propres: la femme est souvent affectée aux travaux domestiques, à l’éducation des enfants, à son rôle de mère et de femme au foyer, tandis que l’homme occupe le rôle de chef de famille, s’occupe du besoin matériel de son foyer. Partant de là, la femme est acculée à se dévouer à la sphère privée au moment où l’homme jouit d’une vie sociale.

Dans le monde professionnel, le plafond de verre

Les stéréotypes liés au genre occupent une place prépondérante dans le monde professionnel, et pas uniquement chez les hommes. Les différentes catégories de femmes interviewées estiment que les attributs féminins «sont incompatibles avec l’exercice de certains métiers qui demandent la force physique, l’endurance émotionnelle». Cette vision légitime «la division sexuelle du travail. Les hommes sont, plus que les femmes, associés aux activités dures et pénibles, à l’exercice de la responsabilité et à la prise de décisions qui exigent la maîtrise de soi-même. »

Suivant ce même raisonnement, les stéréotypes de genre liés au leadership féminin sont très répandus. Ainsi, sans manquer d’humour, à la limite du politiquement correct, l’étude est titrée «La femme leader: c’est Monsieur Fatiha» signifiant qu’une femme ne peut devenir leader qu’en empruntant des attributs considérés comme masculins (forte personnalité, fermeté, maitrise de soi, capacité à mobiliser, à fédérer).

Le rapport ajoute que «ces attributs sont fortement valorisés chez les hommes, leur transposition au féminin est peu flatteuse : c’est la femme masculine, arriviste et carriériste qui maîtrise ses émotions et donne priorité à sa vie professionnelle au détriment de sa vie personnelle. Dans ce sens, certaines femmes, cadres associatifs, déstabilisent la conception traditionnelle de la femme puisqu’elles sont perçues comme des opportunistes utilisant les associations et les ONG comme des passerelles pour atteindre des objectifs politiques personnels.»

Cette étude se livre à une analyse les fondements socioculturels des stéréotypes liés au genre. Véhiculés tantôt par le discours proverbial et les adages, tantôt par le discours religieux, et cristallisés  par des mécanismes aussi complexes que la société, l’éducation familiale, les mass-médias, les facteurs économiques et religieux, voire par la femme elle-même qui valorise « le rôle reproductif, parfois au détriment des autres rôles sociaux. »

En outre, l’ancrage historique de certaines valeurs traditionnelles culturelles telles que la répartition sexuelle du travail ou le mariage précoce des filles facilite la diffusion des stéréotypes.

Comment déconstruire

Lors de la rencontre, le démantèlement et la déconstruction des stéréotypes ont été les principaux points du débat. En effet, selon l’étude, plusieurs mécanismes perpétuent les stéréotypes genre dans l’imaginaire collectif (éducation, culture populaire, école, manuels scolaires, mass-médias et discours religieux), et il était question, lors du débat, de trouver le meilleur moyen de les neutraliser.

De nombreuses interventions ont visé le discours religieux comme étant vecteur essentiel de la diffusion des idées misogynes. D’ailleurs, l’étude a révélé que la «Qiwamah» légitime la supériorité du statut de l’homme sur la femme et se manifeste sous plusieurs facettes. A titre d’illustration, la protection de la femme par son mari passe par la soumission de cette dernière à ses volontés.

Les personnalités présentes représentant les associations féministes ont pour la majorité appelé à une nouvelle lecture des textes religieux à même de garantir l’égalité entre l’homme et la femme, et capable de freiner la diffusion des stéréotypes liés au genre.

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Amine Belghazi
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