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SOCIETE

Le transport sanitaire, un secteur en détresse

Le secteur du transport sanitaire, notamment privé, connaît un grand désordre. Etant théoriquement sous la tutelle du ministre de l’Intérieur, il n’est jamais contrôlé comme devrait l’être toute structure de santé. Résultat : très peu d’ambulanciers se soucient de la qualité de service alors que des vies sont en jeu.

Le transport sanitaire, un secteur en détresse
Nabila Fathi
Le 23 août 2013 à 13h03 | Modifié 23 août 2013 à 13h03

« N’est pas urgentiste qui veut ! » L’affirmation est d’El Houssaine Louardi, ministre de la santé. Elle date de juillet dernier, lors de la présentation du nouvel hélicoptère acquis pour des besoins de transport sanitaire d’urgence extrême. Cependant, cette déclaration, de bonne foi suppose-t-on, ne reflète en rien l’état chaotique dans lequel baigne le secteur de transport médical au Maroc, étape cruciale dans la chaîne de la médecine d’urgence.

Le désordre y est total. Difficile pour un usager lambda, à moins qu’il ne soit bien averti, de pouvoir séparer le bon grain de l’ivraie, de différencier un bon ambulancier d’un chauffard en tenue de personnel médical.

En effet, en matière de transport sanitaire, aucune loi à proprement dit ne réglemente le secteur. Cela fait des années que le ministère de la santé évoque l’urgence de mettre en place une nouvelle réforme afin de structurer la filière. Mais le projet est en stand by.

La situation est d’autant plus compliquée que l’activité n’est pas sous la tutelle de la Santé, mais bel et bien de l’Intérieur. Une exception tristement marocaine ! «Une ambulance est considérée comme un taxi. Rien de plus», s’alarme Dr Jâafar Heikel, professeur à la faculté de médecine et expert en santé.

Les raisons de ce désordre remontent à quelques années déjà, quand des élus locaux avaient demandé à avoir la main mise sur le secteur. Ils ont fini par avoir gain de cause.

Cependant, au fil du temps, le conseil de la ville a montré ses limites et n’a pas réussi à élaborer un cahier des charges opposable à l’ensemble des ambulanciers. Depuis, c’est le provisoire qui dure.

Une ambulance, ce n’est pas seulement un véhicule avec sirène

Difficile d’avoir des chiffres précis sur le nombre des sociétés du secteur d’autant plus que certaines d’entre elles travaillent sans autorisation depuis que les services d’hygiène ont gelé les permis.

L’étude la plus récente concernant le parc ambulancier marocain remonte à 2008. Selon ce document, le public détient la part du lion avec plus de 80% du marché. Lesecteur privé n’occupe que 8.5% du parc ambulancier avec uniquement 150 véhicules.

D’un autre côté, et selon des estimations non officielles, le privé compte plus de 200 entreprises (la plupart d’entre elles ne disposent que d’un seul véhicule). Une poignée seulement possède réellement des ambulances médicalisées. « Une ambulance, ce n’est pas seulement un véhicule avec sirène. Le minimum est qu’elle dispose d’un technicien qui sache placer une perfusion, repérer une voie veineuse… », souligne Jaâfar Heikel.

Dans le cas d’une ambulance médicalisée, elle est censée être équipée en oxygène, avoir un urgentiste à bord.... Théoriquement, bien sûr. Car la réalité est tout autre. Nombreuses sont les sociétés qui présentent leurs ambulances comme médicalisées, mais qui ne font que bricoler pour en donner l’air. Elles promettent le service d’un réanimateur, mais se contentent en réalité d’un technicien.

Et le contrôle dans tout cela? Il est tout simplement inexistant. Les ambulanciers contactés par Médias 24 nous ont tous assurés qu’ils ne font l’objet d’aucune inspection. Un flou total qui fait augmenter le nombre d’ambulances non réglementaires de jour en jour.

« Il ne faut croire. Ce marché n’est pas très intéressant pour un moul chekkara. Les marocains ont un pouvoir d’achat très faible et ils ne font que rarement appel aux ambulances, surtout celles médicalisées », nous déclare Pr Aziza Benkirane, directrice médicale du Service privé d’assistance médicale urgente (Samu privé), l’une des rares entreprises structurée de son secteur.

Et de poursuivre, « quand bien même ces patients sont assurés, les compagnies d’assurances ont leurs propres compagnies d’assistance, qui sous-traitent le transport aux sociétés conventionnées qui perçoivent des miettes en contrepartie».

C’est dans le transport médicalisé que les ambulanciers arrivent à tirer leur épingle du jeu. Variant entre 1.500 et 2.500DH, selon le bon gré de la société, le prix n’est pas toujours garant d’une qualité de service irréprochable. Il varie entre 200 et 500 DH dans le cas d’une ambulance basique.

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Nabila Fathi
Le 23 août 2013 à 13h03

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