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Quand les traditions ancestrales peinent à résister aux mutations des modes de vie

Célébré dans la cité ocre dans une ambiance empreinte de piété et de spiritualité, le ramadan est l'une des occasions idoines pour les Marrakchis d'exprimer leur attachement aux traditions ancestrales du mois sacré.  

Quand les traditions ancestrales peinent à résister aux mutations des modes de vie
Abdenebi Essibi
Le 16 juillet 2013 à 13h57 | Modifié 16 juillet 2013 à 13h57

Si la modernité s'est installée dans nombre de domaines de la vie quotidienne, les Marrakchis, notamment les nostalgiques parmi eux d'un passé radieux, tentent tant bien que mal de résister aux changements de modes de vie et faire perdurer ces traditions qui font la fierté de cette ville ancestrale.

Mais force est de constater que les habitants de la cité ocre voient se perdre nombre de leurs traditions, qui commencent à tomber en désuétude, devenant ainsi l'apanage d'une poignée de familles qui tentent de transmettre ce legs aux nouvelles générations.

Pour nombre de sociologues, la perte de ces traditions, n'est autre que le résultat direct d'une démographie effrénée et d'une urbanisation galopante, de grands problèmes parmi d'autres, dont souffrent sérieusement la ville des sept saints, auxquels s'ajoutent les effets de la mondialisation ayant opéré des changements en profondeur dans les modes de vie et les habitudes des Marrakchis.

L'universitaire et chercheur, Ahmed Moutaffakir, se rappelle, à juste titre, que par le passé, les membres d'une même famille se donnaient rendez-vous, à l'avènement du mois sacré de ramadan, à la maison de la famille (dar al aila) pour passer ensemble ce mois dans une ambiance marquée de joie et de liesse collectives et où, convivialité et spiritualité faisaient bon ménage.

Cette pratique ancestrale était à même de garantir une cohésion et une entraide sociales, tout en servant d'occasion unique pour les membres de la même famille de consolider davantage leurs liens. Il s'agit d'une illustration de l'importance qu'accordent les Marrakchis aux relations familiales et fraternelles, a-t-il dit.

Les membres de la même famille attendaient impatiemment ce mois, pour s'entraider, préparer collectivement gâteaux et différentes friandises, se réunir autour d'un verre de thé à la menthe souvent servi après la prière de «Taraouih», avec des gâteaux et d'autres délices du Ramadan, a-t-il confié à la MAP, notant que les soirées ramadanesques constituent une belle occasion pour partager des souvenirs et des moments de joie et de divertissement et prendre part collectivement aux veillées religieuses.

Cet universitaire se remémore, avec nostalgie, l'époque où les artisans de la cité ocre commémoraient la tradition du «Chaâbana», une sorte de divertissement dans les espaces verts, qui débutait le 29 Chaâbane et ne prenait fin qu'avec la vision empirique de la lune, une tradition qui célébrait, en grande pompe, l'avènement du mois sacré.

Mais malgré les changements du mode de vie actuels, le mois sacré du ramadan demeure imprégné d'un charme tout particulier à Marrakech.

Au cœur de l'ancienne médina, par exemple, ce sont la spontanéité des habitants, la solidité de leurs relations amicales et fraternelles et la convivialité qui marquent tous les comportements et commandent les esprits.

A l'instar des autres villes du royaume, les actes de bienfaisance restent ancrés dans les traditions et les pratiques quotidiennes des vieilles familles marrakchies dans la mesure où, celles-ci, conformément aux préceptes de l'Islam et de la Souna du prophète, n'hésitent pas à prendre en charge des démunis, en les rassemblant chaque soir au tour d'une table de ftour bien garnie, en leur offrant vivres et nourritures, où l'imam du quartier était également convié, et préparaient des plats de couscous destinés spécialement aux mosquées après les veillées religieuses.

La notion de solidarité atteint son apogée la nuit du 15 ramadan, ou encore celle de «laylat Al Qadr» où les habitants de l'ancienne médina se réunissent avant de se diriger ensemble vers la mosquée la plus proche pour accomplir collectivement la prière des Tarawih.

Après la prière de Tarawih, certains habitants préfèrent investir les terrasses des cafés comme lieu idoine de discussions entre amis et proches, d'autres se rendent dans les espaces verts et les squares publics, l'occasion de prendre un bol d'air et de profiter de la fraîcheur nocturne de la cité ocre.

Non loin, ce sont des groupes de jeunes souvent munis d'instruments de musique qui, fidèles à certaines pratiques ancestrales des temps de «Nzaha» (promenades), transforment certains coins de la ville en espaces de fête, en chantant des chansons tirées d'un répertoire musical local tout aussi riche, ancien que varié, alors que d'autres préfèrent, au contraire, s'installer dans un coin un peu isolé, le temps de déguster une délicieuse «Tanjia», soigneusement préparée à l'avance.

(Par MAP)

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Abdenebi Essibi
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