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Au 19ème siècle déjà, la réponse cinglante d’un alem marocain à Ibn Abdelwahab

Les tentatives wahhabites de s’implanter au Maghreb ne datent pas d’aujourd’hui mais du 19ème siècle. A l’époque, des oulémas marocains leur avaient répondu par des réfutations publiques. Retour sur un épisode méconnu de notre histoire.

Au 19ème siècle déjà, la réponse cinglante d’un alem marocain à Ibn Abdelwahab
Houda Belabd
Le 13 juillet 2013 à 11h53 | Modifié 13 juillet 2013 à 11h53

Au début du 19ème siècle, d’étranges missives, assez nombreuses selon les historiens, furent adressés aux maghrébins et à leurs dirigeants, leur intimant l’ordre de revenir à l’Islam, faute de quoi on allait le leur imposer à la pointe de l’épée.

Les Maghrébins d’alors avaient-ils massivement renié leur foi musulmane ? S’abstenaient-ils de prier ou de jeûner ? s’était-ils massivement convertis au bouddhisme ? Rien de tout cela. L’auteur de ces missives menaçantes, Saoud Ibn Abdelaziz, nouveau roi d’Arabie, estimait simplement que leur islam n’était pas assez pur et voulait les convertir au wahhabisme qui est le vrai islam selon lui.

L’histoire a gardé la trace de ces missives wahhabites, notamment celles envoyées en Tunisie et au Maroc. Nous n’avons pas de détails au sujet des réactions locales, sauf que des oulémas tunisiens et marocains ont rédigé des réfutations qui ont été rendues publiques et qui ont été transmises à l’auteur, en Arabie.

Des oulémas comme Ahmed Ben Abd Esslam Bennani et Et-Tayeb Benkirane ont envoyé 5 répliques à ces prosélytes d’Arabie. Celles-ci, acerbes et virulentes furent destinées à Saoud Ben Abdelaziz et témoignaient du refus de se soumettre à une «nouvelle forme de l’Islam», de la simplicité de la dernière religion monothéiste, de la clarté de ses textes saints et taxaient la doctrine d’Ibn Abd El Wahhab de procéder à une lecture littéraliste du Coran, de renier l’effort de l’interprétation des textes et d’accuser les musulmans qui s’opposent à leur politique de mécréance (takfir, fondement actuel du wahhabisme).

Le wahhabisme, né à la fin du 18ème puis qui s’est imposé au début du 19è grâce à l’alliance entre le chef militaire Séoud et le prosélyte élève de Ibn Taymiyya, Mohamed Ibn Abelwahab, est une vision puritaine, dure, totalitaire de l’islam. Elle vit la religion comme un ensemble d’interdits.

Dès que les deux alliés ont étendu leur domination sur La Mecque (1803) et Médine (1805), le prosélytisme a commencé, même dans les Lieux saints. Oulémas et pèlerins marocains ont participé à ce processus de contestation en faisant face à la menace du takfirisme wahhabite. Ils ont témoigné, au travers de leurs écrits, des supplices qu’ils ont rencontrés en terre d’Arabie par les fidèles d’Ibn Abelwahab.

Le wahhabisme des origines à nos jours

Le wahhabisme est un courant politico-religieux fondé Au XVIIIe siècle par le théologien Mohammed Ibn Abelwahab. Fixé en 1739 en Arabie, ce hanbalite a fait de cette doctrine un courant littéraliste qui rejette l’exercice de la raison dans la lecture des textes sacrés et le culte des saints. Aussi a-t-il rejeté,tout à la fois, l’adoration des saints, les pratiques et la spiritualité chiites ainsi que tout compromis avec la modernité sociale.

Le théologien trouve, cependant, refuge auprès d'un chef local, nommé Mohammed Al-Saoud, qu'il convertit à ses vues théologiques et politiques. La descendance de ce personnage se fixe comme objectif,  l'établissement d'une théocratie dite sunnite, ce qui revient à bâtir la cité de Dieu décrite par le théologien, et passe de la théorie à la pratique après avoir fondé le royaume d'Arabie Saoudite et fait du wahhabisme, sa doctrine officielle.

Selon les écrits de Mohammed Ibn Abd El-Wahhab, le bon musulman n’est pas celui qui respecte les 5 piliers de sa religion, qui répand le bien autour de lui ou celui qui croit en Dieu et en ses textes saints. Le bon musulman (ou le musulman tout court) est plutôt, un imitateur d’ « Attariqa Assalafiya », appelée par les wahhabis «l’Islam des origines ». Kitab At- Tawhid (le traité de l’unicité divine) du théologien hanbalite devient, alors, l’ouvrage de référence de la théologie wahhabite.

Cette doctrine exige à ses adeptes de se soumettre aux recommandations de leur chef spirituel (Ibn Abelwahab et non le messager de l’Islam). Celui qui n’a pas omis de leur mentionner que la zakat  ne peut être donnée qu’à un pauvre salafi (wahhabi). Aumône qui s’est transformée, au gré des siècles, en financements colossaux, entre extrémistes du même « réseau ».

Depuis la naissance de cette doctrine, les successeurs d’Ibn Abelwahab prétendent être «le groupe sauvé» et que tous ceux qui ne sont pas en accord avec eux sont des égarés. De plus, ils ont imposé leurs principes vidés de toute spiritualité dans la majeure partie de l'Arabie – de la Mecque à Oman – dès le début du dix-neuvième siècle. Mais au début du vingtième siècle, leur influence s'est peu à peu restreinte à la petite république du Nejd dont la capitale est Riyad. C'est cette petite république qui deviendra, par la suite, le royaume d'Arabie saoudite (par fusion du Najd et du Hijaz).

Après la mort d’Ibn Abelwahab, le wahhabisme se replia sur lui-même et ne refera parler de lui qu'en 1902, lorsque El Wahhâb Abd-al-Aziz Ibn Saoud décréta la lutte pour la protection du wahhabisme et contre l'influence turque. Ibn Saoud parvint alors à étendre son influence sur les autres régions de la péninsule arabique. Il s'empara de La Mecque en octobre 1924 et chassa le roi Hussein du royaume du Hijaz, non sans l'appui des Britanniques. Puis il obligea le roi Ali, successeur de Hussayn à céder Jeddah. Abdul Aziz Ibn Saoud se fera couronner roi d'Arabie à la Mecque en 1926.

Nous reprenons ci-dessus, en  fac similé, des reproductions des réfutations de Cheikh Et-Tayeb Benkirane aux missives wahabites. Les tentations wahabites continuent jusqu’à nos jours : de Mohamed Ibn Abdelwahab jusqu’aux écoles coraniques salafistes, c’est la même volonté d’imposer une vision fermée, archaïque et totalitaire du monde. Le combat continue.

 Bibliographie

«Réfutations maghrébines au wahhabisme», éditions Dar At-Taliâa, Beyrouth, Hamadi Redissi.

 «L’exception islamique», publié aux éditions Seuil en 2004, Hamadi Redissi.

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Houda Belabd
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